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Assassinat médical ou accompagnement terminal ?

Lorsque la maladie et la souffrance supplantent un espoir de guérison alors la mort peut-elle être un choix ?  Dans ce cadre précis comment s’articule la valeur de la dignité humaine face au libre arbitre ?  Le médecin dispose-t-il d’un droit ou d’un devoir dans la mort de son patient ? La question de l’euthanasie et du suicide médicalement assisté n’a jamais été autant présente dans notre société. L’euthanasie active se définie comme une procédure visant à mettre fin aux jours du patient par l’intervention directe du médecin tandis que le suicide médicalement assisté est caractérisé par la délivrance d’une ordonnance octroyant au patient les substances mortelles dont il a besoin. Ce sont deux procédures permettant à un patient de mettre fin à ses jours dans un cadre médical. En 2015, l’euthanasie active est admise dans quatre pays : La Colombie, les Pays-Bas, le Luxembourg et la Belgique. En ce qui concerne le suicide médicalement assisté, seul un pays l’autorise avec cinq états américains : La Suisse, Washington, le Montana, La Californie, le Vermont et l’Oregon.  En France ces deux pratiques sont proscrites et représente une infraction. Que risque le praticien ?

Dualité entre responsabilité juridique et déontologique.

Les articles 221-1 à 221-3 du Code pénal disposent que concéder volontairement la mort à autrui constitue un meurtre et est passible de trente ans de réclusion criminelle. De plus, si ce meurtre est commis avec préméditation alors celui-ci constitue un assassinat et incrimine le coupable à une réclusion à perpétuité. L’administration d’une substance provoquant la mort est considérée comme un empoisonnement et soumet le coupable à trente ans de réclusion criminelle.  Enfin il est à savoir que la complicité de meurtre est passible de réclusion criminelle. Dans le cadre de l’euthanasie active, le médecin est donc coupable d’assassinat tandis que dans celui du suicide médicalement assisté il est coupable de complicité de meurtre et non-assistance à personne en danger. La médecine repose sur des fondements bioéthiques notamment sur des principes hippocratiques. Primum non nocere, ne pas nuire à son patient, le professionnel de santé doit avant toute chose mettre l’intérêt de son patient au cœur de la décision médicale. Quand celui-ci oppose la responsabilité juridique et déontologique du praticien alors ce dernier se retrouve dans une impasse.

La décision de mort : notion controversée chez les professionnelles de santé

De plus la responsabilité déontologique du médecin est elle-même confrontée intrinsèquement à une contradiction : Le médecin doit tout faire pour préserver son patient, cependant quand la médecine est inefficace, la mort apparait comme la meilleure solution. Toute une réflexion est menée pour savoir si ne pas nuire à son patient c’est lui offrir la possibilité de mettre un terme à une situation non souhaitée de manière libre et éclairée. Les professionnelles de santé ont un avis extrêmement mitigé sur la question. Pour certains il s’agit d’un échec de la médecine et d’un renoncement de leur part. Pour d’autre, il s’agit d’une nécessité car la situation est violente aussi bien pour le patient, son entourage, que pour le personnel de santé. Cependant admettre la mort de son patient c’est toucher les limites de la médecine. Selon Emmanuel Hirsch : « Maintenant on prolonge l’existence quelque fois avec la qualité de vie mais d’autre fois avec des ruptures et la personne doit s’adapter à ces évolutions. Quand la vie devient trop médicalisée d’une certaine manière, quand le domicile devient un espace où les soignants entrent et sortent cela devient assez insupportable. De plus la société devient une société qui est un peu indifférente à ces misères, ces vulnérabilités, alors vous n’avez plus votre place dans la société.  C’est le constat de tout ça qui fait que vous avez l’impression d’une euthanasie sociale et vous n’existez plus socialement […] Je pense qu’on n’a pas besoin de légiférer sur ce domaine, que les situations sont toujours des situations singulières et que la décision doit se prendre au cas par cas dans le cadre d’une concertation avec la personne. » D’une part Il ne faut pas que la législation devienne un labyrinthe juridique provoquant une décision mécanique et d’autre part il faut permettre une protection et un encadrement des professionnels de santé.

Une mort sociale avant une mort biologique

La législation française rendant ces deux procédures proscrites certains patients décident de quitter le pays pour pouvoir mourir. Il faut bien comprendre que l’annonce d’un échec thérapeutique provoque chez la personne un choc. En effet, elle voit le champ des possibles réduits, un avenir compromis et une rupture avec la société. La décision du malade de mettre fin à ses jours est une décision contre la souffrance, l’immobilité, la perte de son autonomie, de sa liberté et de sa dignité. Une fois que la rationalité reprend le dessus sur l’émotionnel, le patient est en mesure de prendre de manière libre et éclairé le choix de mourir en toute dignité.  Dans notre société, le choix en lui-même devient plus violent que l’acte de mort. Si le patient décide de mettre fin à ses jours, il sera seul sans encadrement médical et sans le confort que peut prodiguer un service hospitalier. Mourir dans la légalité et le confort médical nécessite de quitter son pays de résidence et donc son environnement proche. Là encore le fait d’émigrer peut poser problème. En d’autres termes, vouloir mourir en France c’est illégal, c’est être abandonnée par la société et c’est mourir seul. Au XXIème siècle, nos sociétés veulent vivres plus longtemps avec le moins de contrainte possible en oubliant les limites du possible. L’amnésie de ce que nous sommes et la prétention de ce que nous pouvons faire induisent l’indifférence que nous éprouvons face à la fragilité et la vulnérabilité.

Une nouvelle procédure à mettre en place.

La notion de fin de vie est complexe car chaque patient est singulier et donc chaque situation demande un plan d’action différent. C’est pour cela qu’une législation trop rigide serait hypoxique et qu’une législation trop permissive serait anarchique. Après réflexion, il semble que la juridiction française se doit d’admettre l’euthanasie et le suicide médicalement assisté. Cette décision devra être prise par la concertation du patient avec les professionnels de santé. De plus, il parait utile de recourir à un comité d’éthique pour chaque décision afin d’avoir un garde-fou, un jugement critique et décisif. Il n’est pas non plus négligeable de faire appel à un psychologue aussi bien pour le patient que pour le professionnel de santé tout au long de l’accompagnement. Il s’agit d’être présent et éclairant envers et pour le patient.Nos convictions et nos croyances ne doivent ni constituées une barrière allant à l’encontre des personnes vulnérables ni éclipsées notre solidarité face à eux. Notre devoir est de faire en sorte que la vulnérabilité soit la moins contraignante possible. Quand l’humanité souffre c’est nous qui souffrons. Quand l’un d’entre nous souffre c’est l’humanité qui souffre.

Benadjal Amin