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De l’art du slogan politique !

En 2012 le président s’appuyait sur ces quelques mots « Le changement c’est maintenant » pour asseoir sa victoire. Un slogan ne suffit pas à faire gagner mais il donne le ton d’une campagne et il a un impact fort. Hors c’est en ce moment que les candidats à la présidentielle valorisent leurs slogans. « En Marche » pour Emmanuel Macron, « Le courage de la Vérité » pour François Fillon, "Faire battre le cœur de la France" pour Benoit Hamon. Qu’est ce qui fait un bon slogan ?
Une règle est sûre : pas de campagne sans slogan !
Selon Florian Silnicki, fondateur de la Frenchcom, le slogan doit être court ; « car à trop vouloir caser de choses dans un slogan, on en oublie l’essentiel » : créer une dynamique. Pour cela, le slogan est répété, martelé à la « Yes we can ! ».  L’exemple qui nous vient très vite à l’esprit est celui de Manuel Valls, candidat malheureux à la primaire de la gauche. Au début de sa campagne, on pouvait lire sur les pupitres « Faire gagner tout ce qui nous rassemble". Jugée trop longue et largement critiquée sur les réseaux sociaux, sa devise a très vite été remplacée par "Une République forte, une France juste". Pour Philippe Moreau Cherolet président de MCBG conseil, les slogans jouent sur différents ressorts. « En marche » n’exprime rien de politique mais il est déjà un slogan « performatif ». Lorsqu’on le prononce, on est déjà dans l’action. « La France soumise », de Jean Luc Mélenchon dit beaucoup d’un engagement personnel contre un système. Philippe Moreau Cherolet ajoute qu’un slogan peut aussi tenter d’affiner ou modifier l’image d’un candidat. C’est le cas de Marine Le Pen avec « La France apaisée ». C’est un peu « La Force tranquille » de François Mitterrand ou plutôt la formule de Jean Jaurès.  Elle vient dire l’inverse de ce qu’elle est. Elle inquiète donc elle rassure.
Le slogan : un viagra de la politique
Pour ce spécialiste, un slogan se manie avec précaution surtout en cas de victoire. C’est un médicament. Au moment où on le prend ça aide à être élu, le slogan est une sorte de viagra de la politique. Il faut assurer la relation avec les français. Philippe Moreau Cherolet ajoute que si l’engagement n’est pas tenu, alors le candidat déçoit ses électeurs à la hauteur de l’espoir qu’il a créé ». C’est le cas de « Le changement c’est maintenant » qui revient en boomerang sur le bilan du quinquennat du président sortant. Lorsqu’un journaliste pose la question à une américaine sur les raisons de son choix de voter pour le candidat Trump, elle répond « parce qu’il va rendre à l’Amérique sa grandeur ». Le journaliste lui demande alors ce qui lui permet de penser cela. Et la citoyenne américaine d’affirmer « mais monsieur, c’est écrit sur sa casquette ! » « Make America Great Again ». Quatre mots pour incarner un message parfaitement condensé avec l’idée bien résumée que ça va mal, mais qu’avec Trump, tout ira mieux. La stratégie de la casquette rouge a fait le buzz que l’on sait. Tout le monde connait les 36 stratagèmes, traité chinois sur l’art de la Guerre, ceux de Schopenhauer sur l’art d’avoir toujours raison, et celui de Carl Von Clausewitz ou encore Machiavel. Maintenant, observons de très près ce que nos candidats français nous réservent pour ces nouvelles élections présidentielles. Car même si rien n'est laissé au hasard, rien n’est d'anecdotique, le slogan n’a plus autant d’influence subreptice sur les électeurs avertis que nous sommes !

Valérie Leclair