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« Et ainsi sont les femmes diffamées, Par tant de gens et à grand tort blâmées » !

Dans le livre de la Genèse, après avoir désobéi à Dieu et croqué le fruit défendu, Adam et Eve prirent conscience de leur propre nudité. Naquit alors une émotion nouvelle : le sentiment d’embarras, de pudeur. Aujourd’hui, ce sentiment est partout, le rapport à la nudité s’est complexifié, et demande aux individus de tourner la tête face à un corps nu, d’éprouver un sentiment de trouble. La nudité se métamorphose en son antithèse : un phénomène non naturel, qu’il est obligatoire de voiler, de dissimuler, d’autant plus quand le corps nu n’est pas fidèle aux principes de beauté tendances à notre époque.

Un fantasme impalpable

A chaque époque son sex symbol. Anita Ekberg, pour vos grands parents, déclenchait des malaises pour son rôle de Sylvia dans le film La Dolce Vita de Federico Fellini, dansant sous la fontaine de Trévi, basculant sa nuque en entrouvrant des lèvres lascives et en mettant en scène sa poitrine séductrice dans une robe noir. Kate Moss, pour vos parents, provoquait des tourments en s’égarant dans les rues de New York, nue sous une robe ornementée laissant apparaitre une poitrine de jeune fille en fleur, que le personnage de Dolores Haze aurait pu concurrencer. Ces femmes, au-delà d’illustrer la vision physique divine d’époques différentes, créent, dans les conceptions individuelles, l’illustration de ce qu’il faut désirer, et ce vers quoi il faut tendre pour exister physiquement dans la conscience collective.

« Girls », série dramatique américaine produite par Lena Dunham, illustre une charmante ambition : dévoiler la diversité des corps à l’écran, en s’affranchissant des tendances du fantasme féminin d’aujourd’hui, qui nous suit avec la hargne d’un serial traqueur. Les jeunes femmes sont enfin représentées par la diversité, et complexité de comportements qui les caractérisent. Elles sont tout à la fois, et ne mange pas de glace en s’affalant dans leur canapé après une rupture face à un paysage désertique de clinex. Brunes, blondes, en porte-jarretelle ou fidèles au pyjama polaire, la seule chose qu’elles ont en commun est leur sexe. C’est ce que Lena Dunham met en scène d'une façon subtile et tout en intelligence : il n’y a aucune généralité de comportements à souligner, ni d’idéal type physique à effleurer, toutes sont des individus aux aspects singuliers, particuliers, folkloriques, et exclusifs.

« Je suis femme, et quand on est femme, on ne dit pas ces choses-là »

Cette année, notons une progression dans cette entreprise que le désir collectif nous insuffle.La marque de sous-vêtements néo-zélandaise « Lonely Girls » s’empare de Lena Dunham et de Jemina Kirke, autre comédienne de la série Girls, pour représenter la nouvelle collection. « Lonely Girls » s’affranchi des publicités version attaque des clones, aux corps et aux expressions similaires, figées, et met en scène la diversité physique qui, pour une fois s’adresse…aux femmes. Démythisation du corps fabriqué de la femme retouchée, l’observateur devient enfin spectateur d’un huit clos dans lequel les femmes ne posent plus en mangeant lascivement du chocolat qui s’évanouit dans leur poitrine surnaturelle qui défie les lois de la gravité de Newton. Nous assistons désormais à des scènes réelles de la vie quotidienne dans laquelle nous, femmes, pouvons-nous percevoir. Une jeune femme au corps marqué par les transformations que la nature de son sexe exige, peint sa bouche. Elle ne rentre pas le ventre, et tient tête avec une audace, une fermeté, et un aplomb si désarmants, qu’on ne peut que sourire face à cette première victoire que « Loney Girls » offre à la condition féminine.

Sacha Wallet

 

Informations

Les photos sont disponibles ici, à partir de la page 2 : https://lonelylabel.com/girls?page=2

Newsletter de Lena Dunham : http://www.lennyletter.com/

NB : Dolores Haze, dans le roman Lolita de Vladimir Nabokov, représente l’objet du désir de la « nymphette », de la femme enfant.