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Au cœur de la recherche scientifique

La recherche scientifique est un enjeu crucial pour le devenir de l’être humain. Par cette responsabilité, elle offre autant de belles promesses que de craintes. Responsabilité et éthique sont au cœur de cette lutte menée par les chercheurs. Delphine Meffre, maître de conférences en Biologie cellulaire enseignant à l’université Paris DESCARTES, docteur et chercheur en Neuroscience à l’Inserm nous offre une vision tout en relief de la recherche en France.

Quelle est la méthodologie que doit suivre un chercheur ?

« La démarche scientifique consiste à résoudre des problématiques à partir d’hypothèses et d’observations. Pour ce faire, des indices permettent de répondre aux questions posées à l’aide de moyens expérimentaux appropriés. Si l’hypothèse est juste, on l’approfondit, si elle est fausse, on en teste une autre afin d’élaborer un modèle différent. Il s’agit de la démarche expérimentale décrite par Claude Bernard. De plus, on cherche à résoudre la problématique le plus judicieusement possible, c’est à dire rapidement, simplement et avec un budget réfléchi. » Delphine Meffre

En effet, d’après un rapport du CNRS, le financement de la recherche en France est en stagnation voire en diminution. Cependant, en 2017, le ministère de l’éducation nationale et de la recherche promet une augmentation de 850 millions d’euros à l’enseignement supérieur. Un budget mince qui est phagocyté par l’enseignement (administration, inscription, poste d’enseignement…) laissant une faible part à la recherche. En conséquence, les chercheurs sont dans un effort continu afin d’être crédibles auprès des financeurs. Le financement est la voûte de la recherche et le zèle passionné des chercheurs en est la clé.

Des pressions économiques et politiques

 « Actuellement, l’insuffisance de moyens impose aux chercheurs de demander un nombre considérable de subventions auprès d’organismes de financement européens ou privés. Etant donné l’excellence et la compétitivité des projets, la sélection est devenue drastique. Cela incite souvent à orienter les projets vers une recherche appliquée à visée thérapeutique, ce qui peut être délétère pour la créativité scientifique. Des campagnes d’envergure sont aussi menées auprès du grand public pour sensibiliser à la recherche contre certaines maladies comme le Ice Bucket Challenge qui à permis de collecter des fonds pour la sclérose latérale amyotrophique en 2014. Cependant, je ne me sens aujourd’hui pas contrainte dans le choix de mes expériences. Si mes résultats me guident vers l’étude d’une protéine plutôt qu’une autre, je me sens libre de le faire. » Delphine Meffre

Le 22 avril 2017, une grande marche internationale pour les sciences aura lieu, notamment dans les grandes villes françaises. D’après Jonathan Berman et Caroline Weinberg, les initiateurs de la marche, l’objectif est de sensibiliser les nations sur la science/la recherche et de protester contre la nouvelle administration américaine. Les directeurs du CNRS, de l’Inserm et de l’INRA se joindront à la protestation. En cause, la faible marge de manœuvre des budgets qui leurs sont accordés donnant lieu à la fermeture des laboratoires jugés les moins prometteurs.

« Les laboratoires de recherche sont évalués par un organisme indépendant (HCERES) sur des critères tels que la productivité, le rayonnement et les collaborations internationales ou la pertinence des projets à venir. Ce sera par exemple le cas l’année prochaine pour notre unité Inserm. La procédure comporte d’abord l’évaluation d’un dossier présentant le bilan des 5 ans passés et les projets futurs, puis une seconde phase d’évaluation durant laquelle un comité d’experts visite la structure. Le comité valide ou non la recréation de l’unité, en proposant parfois des réarrangements. La communication intra et inter-équipe est fondamentale à notre activité. L’équipe dans laquelle je me trouve bénéficie d’une très bonne entente, source d’entraide et d’efficacité. Cette cohésion a gagné l’équipe voisine avec qui nous partageons nos connaissances, les équipements, mais aussi les locaux et même les financements, ce qui est rare.» 

Les différentes facettes du chercheur

« On nous demande d’acquérir un éventail de compétences théoriques et techniques (notamment par le biais de post-doctorats), tout en étant capable de se spécialiser dans une thématique. Etendre nos compétences permet d’élargir nos projets. Par exemple, dans notre équipe composée de biologistes moléculaires et cellulaires, une biophysicienne vient enrichir notre expertise. […] D’ailleurs, les projets européens qui tendent à être pluridisciplinaires et collaboratifs sur le plan national et international sont valorisés […] Le chercheur doit être rigoureux et minutieux, mais aussi curieux et créatif pour élaborer des hypothèses et des protocoles nouveaux. Savoir remettre en question son travail, en adoptant un regard critique sur ses propres résultats est crucial. De plus, l’obtention de financements repose sur l’aptitude à savoir divulguer ses travaux (les publier, les présenter en congrès...etc.). Il faut être capable de travailler en équipe et de savoir faire appel à des collaborations externes. Enfin, il faut être persévérant car on consacre beaucoup de temps à reproduire nos expériences pour savoir si elles sont statistiquement significatives...» Delphine Meffre

Une éthique de la recherche

« On ne reçoit pas de formation éthique au cours de notre carrière, la démarche relève alors plutôt d’une éthique « personnelle ». Sur-interpréter ses résultats est déjà un manquement à l’intégrité scientifique. Par trop grande conviction, on peut être tenté d’observer des résultats dans une direction qui coïncide avec l’hypothèse de départ. L’honnêteté intellectuelle et la réflexion éthique relèvent de la responsabilité du chercheur. Cependant, l’intérêt pour l’éthique scientifique est croissant, comme on le constate au travers de conférences, de formations doctorales, ou de sites internet décelant les fraudes scientifiques ». Delphine Meffre

 La recherche scientifique constitue la dynamique entre le monde d’hier et celui de demain. Pourtant, de nombreuses recherches stagnent par manque de moyen et empêche des découvertes d’utilité publique ! D’autre part, au XXIème siècle, l’éthique de la recherche est un enjeu fondamental pour la société et une formation devient impérative. Je terminerais en remerciant Delphine Meffre pour son implication sa clarté et son envie de transmettre.

Benadjal Amin