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Le cri différent !

Il n’y avait pas de meilleur univers que celui de la bibliothèque de l’Université Paris Descartes pour rencontrer Nicolas Beuglet, écrivain talentueux, nouvellement récompensé pour son nouveau thriller intitulé "Le Cri", meilleur polar des petits mots des librairies.

Votre thriller exceptionnel, inspiré d’événements réels fait l’unanimité. Quelles est l’idée qui a déclenchée l’écriture de votre deuxième roman ?

D’une expérience de déréalisation, d’une perte totale de rapport au monde qui heureusement n’a pas duré longtemps, mais suffisamment pour avoir la volonté d’essayer de comprendre d’où venait cette peur indescriptible. Comme si, quelque part en nous, on pouvait avoir des espèces d’atavismes, dont la cause pourrait être chimique mais dont la sensation reste totalement métaphysique et si lointaine qu’inexplicable.

J’aime beaucoup cette phrase de Jung qui répond à certaines de mes interrogations : « Nous ne sommes pas d’aujourd’hui ni d’hier ; nous sommes d’un âge immense ». 

Parlez-nous de ce projet M K Ultra qui est au cœur de votre roman.

Ce projet MK Ultra (Mind Control Ultra) a réellement existé. Menées par la CIA dans les années 60-70, ces expériences avaient pour but d’explorer le cerveau humain pour mieux le manipuler, découvrir un sérum de vérité ou même le contrôler à distance (ils pensaient que les russes le faisaient déjà) ; tout cela dans un contexte de guerre froide qui justifiait beaucoup de dépenses surtout militaires.  Les personnes en charge de ce projet ont mené une soixantaine de projets dont la plupart sur de cobayes non consentants. Un projet à fond perdu sans contrôle financier ni éthique.

A partir du moment où Le New York Times a révélé l’affaire en 1974, de nombreuses archives, documents, preuves ont été détruites dans l’urgence. La commission d’enquête chargée de cette affaire n’a donné son compte rendu (aujourd’hui accessible à tous) qu’en 1977. Ce constat amène à penser que l’infime partie de ces projets qui a été découverte n’est peut-être pas la plus abominable. C’est là-dessus que je me suis basé pour raconter cette histoire.

 Pourquoi commencer l‘histoire en Norvège dans un hôpital psychiatrique qui existe vraiment ?

Mes recherches qui m’ont conduit à l’un des hôpitaux dans lequel un médecin a œuvré pour le projet MK Ultra était celui de Gaustad. Il était en lien avec la thématique du livre.

Une partie de nos lecteurs sont en psychologie. Vous évoquez Carl Gustav Jung. Pourquoi ?

Pour deux raisons. Carl Gustav Yung est un des premiers à avoir dit qu’il existait un inconscient collectif, avec en chacun d’entre nous une part de l’héritage de nos ancêtres et de l’espèce humaine en général.

En cherchant un peu, j’ai découvert que cet homme a été approché par la CIA afin d’essayer d’établir des profils psychologiques des ennemis potentiels des Etats-Unis, et ce afin d’anticiper les comportements de ces ennemis et si possible de les influencer favorablement dans le sens des américains. Il a été recruté officiellement comme agent de la CIA.

C G Yung est le pivot narratif du livre sans qui je n’aurais pas pu livrer certaines révélations du livre.

Selon moi, le désir de croire est plus fort que le besoin de liberté

 Vous abordez de nombreux thèmes comme le passé, la mémoire et de façon plus anecdotique l’astrologie. Sans dévoiler la substance de ce qu’un des personnages dévoile dans le livre, quel message avez-vous voulu faire passer ?

Tout le propos du livre est de dire qu’il n’y a rien de pire que de préférer croire, Selon moi, « le désir de croire est plus fort que le besoin de liberté ». Je questionne l’Homme là-dessus. C’est lié à la peur ou à la « flemmardise intellectuelle ». C’est plus facile d’avoir des gens qui choisissent pour nous-même (la religion nous dicte les commandements). Cela dit il y a des choses très belles dans la religion. On peut y adhérer sans s’y soumettre.

La neuroscience et plus particulièrement le cerveau semble être un sujet qui vous passionne ? 

La mémoire en particulier. Au début, je me suis posé des questions sur la psychogénéalogie. J’essaie de comprendre dans quelle mesure on est l’héritage psychologique de nos ancêtres. Je trouve cela fascinant d’avoir en nous inconsciemment la mémoire d’une espèce entière de plusieurs millions d’années. Ça rejoint C G Yung et son inconscient collectif. Un autre passage du livre : « L’Humanité a besoin de gens comme nous pour progresser. Des gens qui font passer la science et son pouvoir avant leurs sentiments dit le père de Christopher. Certains des protagonistes poussent les recherches à l’extrême pour prouver l’existence de la vie après la mort.

En quoi ou en qui croyez-vous ?

En l’humain avant tout. Je suis convaincu que l’on peut être généreux et humain sans avoir besoin de suivre d’autres règles que celles du bon sens et de l’empathie. Je crois à la liberté de pouvoir choisir par soi-même ce qui nous semble être bon. Vous dites dans une interview « Mon intention en écrivant ce livre était de dire : est-ce que l’âme existe, d’où elle vient ? Où est-ce qu’elle va ? j’ai essayé d’apporter une réponse ».

Est-ce que votre avis sur la question a évolué au cours de l’écriture ?

Je suis parti naïvement et de façon très autocentré sur l’âme humaine ; c’est quoi l’humain ? le vivant ? Ces réflexions m’ont aidé à me décentrer en tant qu’humain. Pendant longtemps je n’ai pas voulu écrire ce livre. L’idée de devoir me confronter à toutes ces questions me terrorisait et j’avais peur de m’y confronter. C’est seulement grâce à la rencontre avec ma femme et avec la naissance de mes deux filles que j’ai pu donner du sens à ce qui n’en avait pas. On ne peut pas parler de l’âme sans parler de religion (petit clin d’œil au tee-shirt de Christopher « BeLIEve »).

Quelle place accordez-vous à la religion dans cette histoire ?

Aborder la religion d’un point de vue historique me passionne mais en même temps je n’y adhère pas. Culturellement c’est un sujet intéressant qui à la fois me fait peur et m’attire en terme de sérénité d’esprit. Je suis assez critique mais j’ai voulu ce livre généreux, notamment dans le personnage de la mère de Christopher. Le titre de votre livre nous amène à l’œuvre Le Cri de l’artiste norvégien Edvard Munch.

A quel moment avez-vous fait le lien ?

Curieusement assez tardivement. Même s’il était dans mon inconscient, il n’a pas été un élément déclencheur. Tout le monde connait cette œuvre ; ce qui m’a intéressé c’est ce pourquoi Munch avait fait ce tableau, avait-il eu ce même sentiment de peur. Vous êtes non seulement journaliste et écrivain, mais également scénariste. Cela se sent dans votre livre, maîtrisé à tous points de vue avec un style qui amène de la puissance aux images et aux dialogues très scénarisés.

Pourrait-il faire l’objet d’une adaptation cinématographique ?

Il est prêt pour être adapté. Il y a des discussions avancées sur la question avec un intérêt certain de la part de producteurs.

 

Offrir au lecteur une réponse qui soit à la hauteur de la question posée

A quoi attribuez-vous le succès de votre livre ?

Peut-être au fait que ce livre offre deux promesses ; du mystère et l’envie de toujours offrir au lecteur une réponse qui soit à la hauteur de la question posée. Un énorme mystère qui amène à une réponse aussi énorme, une vraie réponse. Les gens ne se sentent pas trahis. Les lecteurs sont surpris par la profondeur et la densité de l’histoire qui les emmène assez loin. C’est ainsi que s’achève cette conversation riche et intense. La bibliothèque ferme ses portes. Nous traversons dans la pénombre ces rangées de livres freudiens et jungiens devenus silencieux. Je laisse partir Nicolas Beuglet avec sa détermination et sa quête de la vérité qui n’ont d’égal que son perfectionnisme obsessionnel.

 

Valérie Leclair