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Les fractures internes en Palestine

Cette année 2017 est l’occcasion d’une triple commémoration pour la Palestine : les 50 ans de la guerre des six jours, le centenaire de la déclaration de Balfour et les 10 ans de la prise de Gaza par le Hamas. C'est dans ce contexte que le Centre d'Etudes en Recherche Internationale (CERI) de Sciences Po a organisé le 3 février 2017 une conférence sur les 3 grandes fractures de la société palestinienne. La conférence était tenue par Alain Dieckhoff, directeur du CERI et l'intervenante principale était Laetitia Bucaille, chercheuse à l'INALCO et spécialiste de la Palestine.

La fracture Fatah/ Hamas :

Novembre 2004, Yasser Arafat décède et laisse vacante sa position de président de l'Autorité palestinienne. Dans les 2 mois qui suivirent, une élection est organisée pour élire son remplaçant. Mahmoud Abbas la remporta et devint ainsi, le 16 janvier 2005, le nouveau président de l'Autorité. Abbas connaît un début de mandat difficile car la tension est à son comble en Palestine. Il voit fortement monter le Hamas (grand parti nationaliste palestinien) qui menace son parti, le Fatah (parti du gouvernement à tradition progressiste), pour les élections législatives de 2006. Pourtant, la Communauté Internationale se montre néanmoins confiante sur une victoire du Fatah qu'elle soutient publiquement car elle y voit la meilleure solution pour une stabilisation de la situation du conflit. Mais, en janvier 2006, c'est finalement le Hamas qui remporte les élections législatives. Ce résultat a pour conséquence de faire perdre au Fatah la majorité pour voter ses directives à l'Assemblée palestinienne. Il s'en suit alors une grande période de troubles politiques et de chaos généralisé. La tension atteignit un tel stade qu'en juin 2007, il y eut une épreuve de force entre le Fatah et le Hamas à Gaza. Selon Laeticia Bucaille, il est très probable que la Communauté Internationale qui ait joué un rôle dans l'engagement du Fatah dans cette épreuve de force à Gaza. Probablement avec l'espoir qu'une victoire du Fatah pourrait provoquer un retrait politique du Hamas et rétablir l'unité Gouvernement-Assemblée. Cependant, cela n'arriva pas car les combats s'avérèrent très déséquilibrés. Le Hamas s'organise et fait preuve d'une violence extrême, ce qui surprit le Fatah qui ne s'imaginait pas qu'une telle violence soit possible entre palestiniens. Contrairement au Hamas, le Fatah va à l'épreuve de force par dépit et ne veut surtout pas s'entretuer avec ses frères palestiniens. Le Hamas, ayant mis de côté ces considérations éthiques, put prendre Gaza en juin 2007. La fracture fut donc consommée entre les deux partis rendant absolument impossible une politique palestienne unitaire. On peut trouver dans cette division une cause directe à l'affaiblissement politique actuel de la Palestine. De plus, on peut avancer de manière neutre que, rationnellement, Israël trouve probablement tout intérêt à maintenir cette opposition en jouant une sorte de double jeu envers les deux partis palestiniens afin maintenir ce morcèlement et donc ce caractère vulnérable.

La fracture interne au sein du Fatah

Le Fatah est le parti officiellement au pouvoir et Mahmoud Abbas est officiellement le président de l'Autorité palestienne. Mais pourtant, le pouvoir du Fatah est d'une part contesté par le Hamas à Gaza et d'autre part rogné par les colonisations israéliennes. Mahmoud Abbas semble pourtant ne rien pouvoir y faire. Il y a alors lieu de se poser la question suivante : Comment peut-on expliquer cette "impuissance" ?

Le manque de contrôle d'Abbas est probablement dû en grande partie aux divisions internes déchirant le gouvernement. Depuis son arrivée au pouvoir, Mahmoud Abbas a entamé une politique que l'on pourrait appelé "politique de l'exclusion". Laeticia Bucaille nous explique très bien qu'il y a au sein même du parti du Fatah de grandes batailles d'égo qui font rage et qui empêchent la constitution d'une ligne commune claire. Les décisions politiques que prennent Mahmoud Abbas sont trop souvent prises dans le but unique d'effacer ses principaux adversaires. Même si ils sont nombreux, la rivalité la plus emblématique que connaît le Fatah est celle opposant Abbas à Mohamed Dahlan. Dahlan fut chef de l'autorité préventive à Gaza et Ministre de l'intérieur sous Arafat. Mais Abbas n'est pas Arafat, il n'apprécie pas les idées de Dahlan et le lui fait savoir. Abbas força officieusement Dahlan à démissionner en 2007. Mais le conflit ne s'arrêta pas là pour autant car Dahlan, qui réside actuellement en Egypte, continue depuis l'extérieur de s'exprimer en défaveur du gouvernement Abbas.

La fracture population/ politique

La troisième fracture visible lorsqu'on se rend en Palestine est la désaffection de plus en plus grande du peuple palestinien pour leurs hommes politiques. Selon Laeticia Bucaille, ils leurs reprochent de passer plus temps à régler leurs comptes qu'à réellement aider la population tombant dans une paupérisation sans fin. Il y a un désamour global pour l'ensemble de la classe politique palestinienne mise à part un seul homme qui reste très apprécié. Il s'agit de Marouane Barghouti, emprisonné depuis 2002 (lors de la seconde Intifada) par un tribunal civil israélien. C'est un personnage très populaire en Palestine car beaucoup lui reconnaissent le charisme nécessaire pour réconcilier le Fatah et le Hamas et ainsi relancer la Palestine. Sa libération est très peu probable car même si il clame son innocence, on ne voit pas ce qui pourrait faire que la Justice israélienne en viennent à libérer une personne déclarée coupable de 5 meurtres. Néanmoins il représente, et c'est lourd de sens, la lueur d'espoir principale du peuple palestinien à l'heure d'aujourd'hui.

Yoni Bastok