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Grave... Un film à voir impérativement !

Installés dans vos sièges, les réactions du public vous ébranlent. Certains fuient et regrettent leur sacrifice pécunier. D’autres, pris par le sentiment de gêne, rient nerveusement. Au-delà de l’écran, nous assistons à un concert d’onomatopées, et, oh, surprise : émane alors un lien entre le film, et les spectateurs entre eux. Constat particulièrement atypique, en effet, rares sont les films qui évoquent chez les spectateurs des réactions si fortes propre à la surprise qu’ils se rapprochent, se regardent, pour tenter d’appréhender le regard de l’autre, pour se rassurer d’une détresse commune.

 Un spectacle charnel et magnétique

 Un drame ? Non. Un film d’auteur ? Non. Une comédie ? Non. De la science-fiction ? Non. Un triller ? Non. Un film d’horreur ? Non. Un film érotique ? Non plus.

Il est tout à la fois. Une adolescente précoce suit les traces de la famille en intégrant une école vétérinaire. C’est la rentrée. Asexuée, jeune, douce, elle est encore en sommeil. Végétarienne par tradition familiale, elle est confrontée au sang, et à sa sœur, désormais femme.

La subtilité est la qualité inouïe de ce film. Ce n’est pas un passage brute et avide de sens, le cannibalisme ne surgit pas comme la mauvaise transition d’une première dissertation de philosophie. Elle s’opère de façon croissante, et presque naturelle. Le climat, les réactions humaines flirtent avec la science-fiction, rien ne parait semblable à la réalité. Le passage de l’adolescence à l’âge adulte semble rimer, s’accorder avec celui de l’enfance, vers le cannibalisme. Oubliez le cannibalisme façon Cannibal Holocaust, celui évoqué est bien plus lubrique, et suave. Il danse avec la sensualité, la séduction – bref – le gout du sang ne vous avait jamais paru aussi désirable. C’est le spectacle enjôleur et fascinant de la révélation d’une enfant devenue jeune femme : plus les minutes s’écoulent, plus le rapport au corps, à la nudité, et à la sexualité s’épanouit. Ces spectacles de la révélation du personnage s’amplifient par les couleurs lascives et érotiques des espaces, ou le rouge vif s’étend de toute part. La bande originale, savamment pensé, gonfle et orchestre les péripéties du film, qui comme tout spectacle, s’achève par une apothéose.

Un spectacle, voilà un bon moyen de mettre un mot sur la pellicule que nous venons de visionner. Toujours plus fort, toujours plus intense, toujours plus inattendu, nos réactions ne cessent de nourrir l’écran, qui, par son pouvoir de fascination nous égare, nous abandonne, pour nous saisir encore plus violemment quelques minutes après.

Rien n’est semblable au film Grave. Essayez donc de le comparer à un film, de vous souvenir d’une émotion équivalente à la sortie du film, c’est une vaine ambition. Même Sheitan, de Kim Chapiron, par bien des aspects, ne l’est pas. C’est un film déconnecté de toutes nos doxas, de toutes nos représentations. Jeunes femmes et jeunes hommes jouent avec les codes, explorent leur sexualité, leurs désirs, si fantaisistes soient-ils. L’éros est décomplexé, le jugement d’autrui n’y a aucune place. Sentiment délirant et insensé, vous êtes démunis : enchaîné par une mystérieuse toile ensorcelante, vous êtes pétrifié, il est désormais impossible de détourner les yeux.

Un plaisir coupable à ne pas manquer.

Sacha Wallet