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Tati, c’est fini ?

L'enseigne ouvre son premier magasin en 1948 sur le boulevard de Rochechouart, entre le 9ème et le 18ème arrondissement de Paris. Premier du genre, Tati attise la curiosité par son concept du prêt à porter discount et s’impose sur le marché, mais avant tout dans ce quartier populaire de la capitale.

Si aujourd’hui le pionnier du textile discount est présent dans tout l’hexagone et a ouvert sa gamme à la décoration, la première boutique a, elle, prit du galon et s’étend sur près de 3000 mètres du fameux boulevard parisien. L’enseigne a le vent en poupe jusqu’en 1995, mais se fait aujourd’hui distancer par les nouvelles enseignes du marché telles que H&M et Pimkie. Aux vues des pertes de profits malgré les multiples plans marketing, le groupe Eram, qui a racheté Tati en 2004, a décidé de mettre en vente son géant rose, fin janvier.

Serait-ce donc la fin du mythe du 18ème arrondissement? La marque et la boutique ne sont pas seulement le temple du textile à bas prix, mais s’apparentent également à un emblème du quartier. Logo façon « Brigitte Bardot » avec un motif vichy blanc et rose, Gérard, un voisin de la boutique depuis près de 35 ans, voit cette fermeture d’un mauvais œil « Barbès sans Tati… ce n’est plus vraiment Barbès, vous voyez ? On reconnait notre quartier grâce à ça, et même si il parait mal famé, c’est le vrai Paris qui est ici ! Vous savez, au fil des années, beaucoup de films, de photographes de touristes ont cet endroit comme étape obligée ! » Présent depuis plus de 75 ans, la boutique s’est incrustée dans le paysage et dans le quotidien des habitués, et de Paris.

La venue des marques concurrentes n’est pas le seul motif de la baisse de vitesse des bénéfices de la marque selon Annabelle qui y est manageur depuis près de 10 ans. Pour elle, « Tati c’était la mode parisienne à petits prix. Ce n’était pas rose tous les jours, mais il faisait bon vivre ici. Malheureusement, les choses changent et évoluent. Entre nous, je pense que la marque n’a pas su saisir le vent du changement à temps. » En effet, la marque aura essayé de saisir différentes opportunités pour se remettre dans la course avec, par exemple, une collaboration avec la célèbre styliste, Cristina Cordula, en 2016. Une collaboration qui n’aura apparemment pas suffit à relancer les ventes puisque ce n’est que quelques mois après que les équipes ont été informées de la mise en vente de l’enseigne par le groupe Eram.

Une image qui semble utopique, aux vues de celle de la marque aujourd’hui. Le quartier y est attaché mais les échos des personnes alentours ne semblent pas flatteurs. Elise, étudiante et vendeuse chez Tati depuis 2 ans nous a confié qu’elle « n’avouait » pas facilement qu’elle travaille ici. Auprès de ses amies, parisiennes ou non, Tati est synonyme de « cheap » et de sous marque. Elle tempère cependant en affirmant le côté «  sympa de travailler ici, surtout pendant les beaux jours ! C’est qui est bizarre ce qu’il y a souvent les mêmes têtes qui débarquent. On se fait un quotidien, et c’est plutôt agréable ! Je n’imagine pas ce que c’était lorsque le magasin n’était qu’un seul local. »

Un bruit courre à l’heure actuelle dans les couloirs du personnel … Un expert-comptable qui a été engagé pour regarder les comptes de la firme à la loupe, en vue d’une nouvelle vente. « Depuis Janvier, les responsables sont sur les nerfs et ça donne une ambiance tendue. » Alors quelle sera la prochaine étape pour le Tati de Barbès ? Et surtout, les conséquences sur le quartier ?

Marion Payet