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S'engager pour les sans-abris !

L’Association de la Péniche du Cœur est un centre d'hébergement d'urgence parisien créé en 1993 par les Restos du Cœurs et La Mie de Pain. Elle se situe sur le Quai St Bernard - Jardin Tino Rossi, dans le 5ème arrondissement. Elle accueille tout au long de l’année 63 hommes pour des séjours d’une nuit (hébergement d’urgence) ou pour des durées plus ou moins longues (hébergement de stabilisation). Pendant la durée de leur séjour, les hébergés ont accès à des cours de français, un médecin, une infirmière en psychiatrie, une salle informatique et un coin emploi et des activités culturelles proposées le week-end.

Nous avons interviewé Sophie Ladegaillerie, responsable des bénévoles et vice présidente de l'association.

Qu'est ce qui vous a poussé à rejoindre l'association de la Péniche du Cœur ?

Pendant une période de ma vie j'ai fait beaucoup de voyages. Lorsque je suis revenue à Paris j'ai pris conscience du nombre terrifiant de sdf qu'il y avait dans cette ville. Sur chaque quai de métro, à chaque angle de rue, des personnes dans des états pas possibles ... Ce n'est pas comme ça partout, mais, à Paris, c'est flagrant. Le fait de les voir tous les jours nous rend aveugle mais avec le recul la prise de conscience a été brutale. C'est pour cela que j'ai rejoint l'association.

En quoi consiste exactement votre travail ?

Il existe un groupe de salariés qui prend en charge les sans-abris qui viennent nous voir et puis un groupe de 170 bénévoles.

Le but est d'être présent durant les moments collectifs, c'est à dire surtout pendant les repas. On peut venir soit le matin soit le soir. Pour ma part je suis présente les vendredis soir.

Il s'agit d'un véritable engagement. On ne peut pas venir une fois comme ça de temps en temps, il s'agit de venir régulièrement pendant une durée de six mois minimum, car le but premier est de créer un lien et cela peut être dur. Les hébergés sont des hommes célibataires majeurs qui restent parfois longtemps sur la péniche ; 6 mois, 1 an, 2 ans... J'entends souvent des gens dire qu'ils n'ont pas à se plaindre parce qu'ils sont nourris et logés gratuitement... Mais il ne faut pas penser qu'ils se la coulent douce. La péniche n'est pas très grande et il s'agit d'un espace de vie commun. Certes les hébergés ont une chambre mais très petite, ils ont très peu d'intimité, alors qu'ils peuvent être très différents les uns des autres. Cohabitent dans le même espace des hommes comme vous et moi et des hommes avec de réels problèmes d'hygiène et des problèmes de sociabilité importants. Même s’ils sont mieux ici que dans la rue ils ont surtout envie d'accéder à l'étape suivant, à une réelle vie en autonomie. Notre travail est donc de créer des liens pour distraire au maximum ces hommes.

Je fais aujourd'hui partie de l'association depuis six ans.

Mais depuis je fais partie du comité d'association. Je pense que je souhaitais m'engager d'avantage. Nous sommes donc une dizaine de personnes avec un président, un vice président etc... Nous nous réunissons tous les dix jours afin de faire un point sur l'argent dont nous disposons qui nous est versé soit par l'État soit par les Restos du Cœur et nous nous assurons que les salariés l'utilisent le mieux possible.

Qu'est ce que cela vous apporte ?

Grâce à ce travail j'ai rencontré des gens parmi les hébergés que je n'aurais jamais rencontré autrement, et qui sont des gens formidables avec un parcours de vie assez dingue. Ensemble, on partage des expériences de vie. Parler avec ces gens permet de relativiser sa propre vie. On oublie nos petits problèmes en voyant qu'il y a bien pire juste à côté de nous. Cela ouvre l'esprit. On passe des très bons moments. On rit beaucoup, parfois on est triste, mais il y a toujours de l'émotion.

Et puis aussi j'ai rencontré beaucoup de bénévoles avec qui je me suis liée. Avec l'équipe du vendredi soir nous nous entendons très bien, on a déjà fait des voyages ensemble ... nous formons une belle équipe.

 Vous souvenez vous de moments qui vous ont marqués ?

Toutes les semaines on organise un match de foot. On joue contre différentes équipes, parfois il y a des membres d'entreprises par exemple. Et ces moments sont étonnants par ce qu'on porte tous des maillots, les mêmes maillots, du coup il est difficile de différencier chaque individu. On ne sait plus trop qui est qui, on se s'arrête plus aux statuts. Il s'agit de plusieurs personnes qui jouent, plus ou moins bien, ensemble. Je trouve que ces moments sont un parfait exemple de ce qui se passe à l'intérieur de la péniche : c'est un lieu ou plein de gens différents se retrouvent et partagent un moment.

Avez vous des attentes spécifiques ?

Il existe différentes choses que nous souhaitons apporter à ces hommes. D'abord il y a le côté primordial ; de la nourriture, des soins, une hygiène, un endroit où dormir... Mais notre but c'est surtout de faire en sorte qu'ils se sentent comme tout le monde. Ces hommes ne sont pas contents d'être ici, parce qu'ils savent qu'ils ne sont pas chez eux. A notre échelle, les loisirs sont quelque chose que nous essayons de perfectionner afin de leur changer les idées et de les faire se sentir comme tout le monde. Ils ne sont pas cantonnés au nécessaire, ils vivent. C'est pour cela que nous essayons de les emmener à des concerts, des matchs de foot, etc... Nous faisons également venir des chanteurs sur la péniche et l'autre jour c'est une troupe de théâtre qui est venue jouer pour eux. Je pense que c'est cela qu'il faut travailler, ces sorties culturelles.

Disposez-vous d'assez de bénévoles ?

De manière générale on se débrouille plutôt bien mais le problème, ce sont les week-ends. Le samedi soir, le dimanche matin et le dimanche soir, les bénévoles sont très souvent en sous effectif.

De plus, chaque année il y a environ 60 bénévoles qui quittent l'association. D'autres les remplacent mais il ne sont pas toujours assez nombreux.

Comment cela se passe-t-il si l'on souhaite s'engager ?

Il suffit d'envoyer un mail de candidature à l'adresse mail suivante : lapenicheducoeur@gmail.com  en expliquant quels sont les créneaux qui vous arrangent le plus.

Rendez-vous ensuite sur la péniche où le responsable vous en fera faire le tour et vous montrera les différentes structures. Le mieux c'est de venir au moins trois fois avant de décider si l'on souhaite vraiment s'engager.

 

Emma Renavand