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Watson plays Jeopardy !

Les progrès de l'intelligence artificielle se mesurent à ses victoires emblématiques. La dernière en date jusqu'ici, la célèbre partie d'échecs qui vit le champion du monde - et accessoirement plus grand Maître de tous les temps - Gary Kasparov perdre face à Deep Blue, l'ordinateur taillé sur mesure par les soins d'IBM, datait de 1999.

A la recherche d’un nouveau défi, IBM a fini par jeter son dévolu sur le jeu Jeopardy  (un jeu télévisé qui rencontre un énorme succès aux Etats-Unis depuis de nombreuses années) et tenté de mettre au point un robot capable de battre les meilleurs joueurs de l’histoire de Jeopardy.

Déroulement du jeu

Les règles sont relativement simples. Trois joueurs sont en compétition pour la résolution d’énigmes de culture générale reposant sur des astuces de langage. Lorsqu’il a la main (après avoir fourni une bonne réponse à la question précédente), chaque joueur « choisit » sa question en indiquant au présentateur du jeu un thème parmi les 6 proposés, et une mise qui détermine la difficulté de la question, ainsi que la hauteur des gains ou des pertes (en cas de réponse fausse), parmi les 5 possibles en 200 et 1000$.

La question est alors lue, et tout doit aller très vite : il faut comprendre les astuces et les jeux de mots de la formulation et trouver la réponse à partir de ses connaissances générales : une prouesse que les meilleurs joueurs du monde, affrontés par Watson, réalisent en une poignée de secondes.

Un petit miracle…

Si la compréhension du langage est une faculté très développée chez l’homme qui s’en sert en permanence, sa traduction en termes informatiques restait un véritable casse tête que les développeurs d'IBM ont mis quatre ans à résoudre, améliorant Watson par tâtonnement au fil de centaines de parties d’essai au cours des quels il s’est entraîné.

La culture générale de Watson devait aussi être développée car, comme les autres joueurs, Watson n’a pas accès à Internet pendant le jeu. Résultat : la base de données de Watson est sans doute la plus grande jamais réunie en une seule machine, incluant des millions de documents (archives du New York Times, la Bible…), dictionnaires, thesaurus, encyclopédies (y compris l'intégralité de Wikipedia et l'Internet Movie Database). Elle occupe quatre téraoctets sur ses disques durs.

A chaque question posée, Watson lance simultanément plusieurs milliers d'algorithmes éprouvés en matière d'analyse du langage, chacun fournissant une réponse. Celles qui sont le plus fréquemment retournées sont alors confrontées à la base de données pour s'assurer de leur validité, et classées par degré de probabilité. Lorsqu'une solution dépasse un seuil de confiance donné, Watson "buzze", et donne sa réponse à haute et intelligible voix.

Et ça marche !

Un match en deux manches gagnantes a mis Watson face aux plus redoutables opposants : Ken Jennings, détenteur du record du plus grand nombre de victoires consécutives au Jeopardy (74), et Brad Rutter, gagnant du plus gros pactole au jeu. Le premier match, diffusé le 14 février, fut sans appel : $4.800 pour Jennings, $10.400 pour Rutter, et $35.734 pour Watson, grâce notamment à deux bonnes réponses aux questions bonus qui rapportaient plus d'argent.

L’avenir professionnel de Watson ?

A noter qu’au-delà de la brillante prouesse, Watson aura bel et bien des applications pratiques. Dans les milieux professionnels, un tel logiciel pourra fouiller dans des téra-octets de données pour apporter instantanément la réponse à une requête en langage clair. De même, des domaines où les innombrables connaissances sont constamment mises à jour, comme le support technique, la recherche juridique ou la médecine, pourront bénéficier d'une aide décisionnelle précieuse.

IBM est déjà à pied d'œuvre, se donnant 18 à 24 mois pour proposer un produit exploitable commercialement pour l'aide au diagnostic et au traitement des patients. Les coûts d'équipement le réservent pour l'heure aux plus grosses sociétés : il en coûte un million de dollars pour le serveur doté de 2800 processeurs Power 750, et plusieurs millions pour le logiciel (Eric Nyberg, professeur en sciences informatiques à l'université de Carnegie Mellon, estime que Watson a coûté jusqu'à 100 millions de dollars à IBM, d'autres parlent même d'un à deux milliards). Big Blue escompte que le prix deviendra plus accessible d'ici la fin de la décennie, avec l'amélioration de la technologie.

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Pierre Pardessus