Bienvenue sur le site de l'université Paris Descartes

Vue de l'actu - Le nucléaire : une fatalité ?

Le nucléaire : une fatalité ?

 

Le Japon foudroyé

Le vendredi 11 mars à 14h46 heure locale, un séisme suivi d'un tsunami ont dévasté les côtes japonaises et en particulier la ville de Fukushima et sa centrale nucléaire, au point que «la gravité de l'accident se situerait entre Three Mile Island et Tchernobyl». L'eau a endommagé la plupart des réacteurs reliés aux centrales nucléaires ; trois d'entre eux avaient commencé à fondre, et les barres de combustibles usées du réacteur numéro 4, à l'arrêt lors du séisme, n'étaient plus entièrement recouverts d'eau et s'élevaient en température. Tepco, l'exploitant japonais des réacteurs nucléaires, en a été réduit à pomper de l'eau de mer et à la verser par hélicoptère sur les réacteurs dans le but de faire baisser le thermomètre.

Les pays de l'Union Européenne ont décidé, suite à la catastrophe, d'effectuer des tests de résistance de leurs centrales nucléaires aux tremblements de terre, et attaques terroristes. En Allemagne, Angela Merkel a décidé de manière opportune de fermer pour 3 mois les sept réacteurs nucléaires les plus anciens du pays tout en décrétant un moratoire. En France, Nicolas Sarkozy s'est exprimé suite à la demande d'un référendum par les écologistes. Pour lui, « pas question que la France sorte du nucléaire». Une réunion des ministres de l’Économie et de l’Énergie du G20 sur les questions énergétiques est toutefois jugée nécessaire.

La question du nucléaire en France.

C'est dans les années 1970 que le Président Georges Pompidou avait fait le choix d'une énergie nucléaire comme symbole de l'hégémonie française : il s'agissait de construire une centrale qui demeurerait un exemple pour ses voisines européennes. Son choix et le travail accompli par la COGEMA (devenue ensuite AREVA) ont ainsi valu à la France une indépendance énergétique enviée depuis près de 40 ans. D'autant plus que près de 85% de notre consommation électrique actuelle provient de ces centrales nucléaires.

Par ailleurs, les révolutions arabes qui se sont annoncées sembleraient nous promettre la survenue d'un nouveau choc pétrolier, assez pour redonner du mérite au choix de Georges Pompidou. D'autant plus que certaines conclusions sont parfois tirées à l'emporte-pièce à partir de l'exemple Japonais : en termes de sécurité, l'industrie nucléaire française n'a pas fait d'économies de bout de chandelle puisqu'elle est la seule à s'être équipée de l'European Pressurized Reactor (EPR). « [Un] produit français [qui aurait] suscité l'avarice chez ses voisins ces dernières années, face à ses concurrents moins chers mais moins sûrs », ont justifié les dirigeants d'AREVA.

Le nerf de la guerre ? Les débats sont pollués par les enjeux politiques qui sont de plus en plus prégnants autour de cette question. Certains pays restent dépendants de l'électricité produite par les centrales, puisqu'aucune autre véritable alternative se présente, mais restent ainsi avec une épée de Damoclès sur la tête... En France, le secteur du renouvelable a démarré péniblement, et les choix récents des politiques ne font rien pour encourager le mouvement. Entre une population soucieuse de la dégradation de ses paysages par les parcs éoliens et politiciens, calculette à la main, soucieux de leurs coûts, le débat dure. Mais le choix ne serait peut-être plus celui de la source d'énergie qui accompagnera notre mode de vie, mais  le mode de vie qui sera compatible avec notre source d'énergie...

D'une pudeur exemplaire...

En attendant, le Japon reste sous le choc bien que le culturel semble permettre de tenir. Le pays, de tradition Bouddhiste et Shintoïste, impressionne le monde par sa pudeur et sa dignité face aux catastrophes. Cette absence de lamentation semble même être contagieuse en Occident, jusqu'à montrer une frilosité quant aux dons collectés, en rapport avec ceux obtenus pour les haïtiens. Malgré tout, l'espoir qui subsiste au Japon est remarquable : alors que les secours parvenaient encore à trouver de rares mais étonnants survivants dans les décombres, le Nikkei reprenait des couleurs. Les indices économiques ont des raisons que les tragédies humaines ignorent...

Science sans conscience n'est que ruine de l'âme...

Il n'en reste pas moins que le nucléaire, pure création de l'homme, semblerait prendre aujourd'hui un visage nouveau, pour un nombre croissant de citoyens, et devenir de moins en moins contrôlable, à l'image d'un Frankenstein qui se retournerait contre son créateur. Le Japon continuerait ainsi à subir  ce dont nous menaçait déjà il y a quatre siècles Bossuet : «Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu'ils en chérissent eux-mêmes les causes».

Pierre-Henri Bovis.