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Info, culture et confiture - Spéléologie dans le ventre de Paris

Spéléologie dans le Ventre de Paris

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Texte : Clément Vernier , Pierre Pardessus
Photos : Vanessa Moutinard

Vous pensez avoir sondé toutes les entrailles de la capitale ? Depuis que vous avez lu Métronome, vous connaissez de A à E et de 1 à 14 tous les secrets des couloirs souterrains ? Vous avez beau tourner et retourner dans tous les sens la carte du métro, vous semblez tout connaître des sous sols de Paris ? Mais comme nous, vous avez pourtant l’intuition que quelque chose vous échappe, qu’on ne vous dit pas tout ? Vous avez vu juste : toutes les galeries en sous-sol n’apparaissent pas sur les cartes. La rédaction vous emmène un ou deux pieds sous terre, dans quelques uns des trous les plus touristiques du gruyère parisien

Premier sous-sol : les égouts de Paris (-5 mètres)

L’histoire des égouts de Paris est très ancienne. Il faut remonter au XIIIe siècle pour retrouver la trace des premières installations prévues pour l’évacuation de l’eau : Philippe Auguste fit paver les rues de Paris et prévu en leur milieu des rigoles d’évacuation. Mais le réseau tel qu’on peut le visiter aujourd’hui date de 1850 : le baron Haussmann dirige l’édification d’un réseau d’évacuation des eaux usées de la ville, qui atteint les 600 kilomètres quelques 28 années plus tard.

Si vous voulez les visiter, il faut vous rendre au pont de l’Alma, Rive Droite. En face de l’entrée du RER, un panneau vous en indique l’entrée. Vous passez les caisses et quelques marches plus bas, l’odeur vous confirmera que vous êtes bien arrivés dans les égouts de Paris !

La visite commence par une grande galerie type musée, placardée d’affiches sur lesquelles la mairie a pris le soin de tout nous expliquer ! Le cycle de l’eau, les systèmes d’épuration et de stockage, l’historique du réseau, le travail des 400 égoutiers qui s’agitent sous nos pieds, etc. Vous saurez tout sur les égouts !

Une fois la tête bien pleine de toutes ces connaissances, vous pourrez attaquer la partie la plus intéressante de la visite, qui se déroule dans le réseau d’assainissement, aménagé et sécurisé pour l’occasion. Rencontre du troisième type avec les eaux usées.

 

 

entree egouts

L’écologie est très tendance : quoi de mieux qu’une confrontation directe avec l’immonde tenant caché de votre mode de vie moderne pour consolider les liens que vous entretenez avec votre oncle de Normandie et le Bio’C’Bon du quartier ? Sous vos pieds, et sous vos yeux ébahis, vous assisterez en effet sans voix à l’un des spectacles les plus merveilleux que la civilisation occidentale puisse offrir à ses ressortissants : la réunion dans un même lieu et le drainage de toutes ses eaux usées, soit quelques 600 000 m3 par jour (deux fois le volume de la tour Montparnasse !). Pour vous donner une idée de la rareté, et donc du caractère précieux, de cette anomalie culturelle, nous vous invitons à vous poser la question suivante : quand, dans l’histoire de l’humanité, et où, même à l’heure actuelle, a-t-il été possible d’assister pour le plaisir au déversement continu du vaste flot noir, bruyant et odorant, que forme, sous nos pieds, le mélange anarchique de tout ce que l’on balance aveuglément au tout-à-l’égout pour que notre chez-nous reste décemment propre ?

Wagon vanne La visite vous donne aussi l’occasion d’en savoir plus sur l’intelligence déployée par le génie civil pour masquer au mieux ces déchets à la vue des citoyens paisibles. Toute une batterie d’engins et d’instruments (dont le wagon-vanne bi-boule que les amateur(e)s de Geisha apprécieront plus particulièrement) utiles pour draguer cette engeance. Si les ingénieurs qui les ont conçus semblent avoir mérité leur statue (vous pourrez les contempler au détour des couloirs), il semble que le principe élémentaire reste finalement simple : un bateau laisse trainer au fond de la canalisation une grosse boule de fonte noire censée pousser tout le « bâtard » (ainsi que les égoutiers désignent le dépôt de sable et de déchets constitué au fond) vers l’aval. C’est effectivement une invention assez brillante.

 

boule

 

2ème sous-sol : Les Cryptes Archéologiques du Parvis de Notre-Dame   (-10 mètres)

Aveuglés par les imposantes tours de la Cathédrale, les yeux rivés sur les gargouilles, ou sur le minuscule écran de l'appareil photo, beaucoup des touristes du parvis de Notre-Dame ne remarquent pas l'entrée de ce petit musée. C'est pourtant toute l'histoire architecturale de la capitale qui y est retracée, de l'Antiquité au XVIIIème siècle, de Lutèce à Paris, autour de vestiges archéologiques découverts lors de fouilles entre 1965 et 1970.

crypte

La ville n'a cessé de se reconstruire sur elle-même.    vestiges Pendant l'Antiquité bâtie sur la rive gauche, le Grand Forum de la ville couvrant une majeur partie de l'actuelle rue Soufflot, elle s'est ensuite concentrée sur l'Île de la Cité, alors fortifiée, pour prévenir les invasions germaniques du IIIème siècle, laissant trace de vestiges comme les Thermes de Cluny, à deux pas de notre Université, ou les Arènes de Lutèce, en plein cœur du Quartier Latin.

vestiges archeologiques

Retraçant l'histoire des différentes expansions de la ville, des différents aménagements de l'Île de la Cité, du parvis initialement recouvert de maisons et d'Eglises avant d'être déblayé au XVIIIème, les différents panneaux explicatifs et maquettes qui ponctuent cette visite nous informent également sur le fonctionnement de la société gallo-romaine, les us et coutumes de l'époque, etc.

Au centre de cette grande galerie de panneaux d'information, le fruit de cinq ans de fouilles archéologiques. Au premier abord, ça fait un peu peur : un énorme tas de cailloux sans que l'on puisse bien en distinguer l'organisation ni donc l'intérêt. Mais les légendes sont très bien faites et peu à peu les vestiges des Thermes Lutéciens, des puits moyenâgeux, et même des égouts (décidément...) construits sous Haussmann, prennent forme, rendant la promenade d'autant plus intéressante, voire ludique si on y va entre copains...

Pas besoin donc d'être mordu d'archéologie pour apprécier cette visite, c'est très bien fait en fin de compte, très clair et captivant, ni trop long, ni trop court, ni trop cher (2€ pour les 14-26 ans), à conseiller sans modération aux touristes du Parvis, quand les gargouilles font la gueule et qu'il pleut sur Paris.

3e sous-sol : les catacombes (- 50 mètres).

« Arrête, c’est ici l’empire de la Mort ». Voilà ce qu’on peut lire sur le fronton qui surplombe l’entrée de cet immense ossuaire, en préambule d’une suite de sentences et de réflexions sur la fragilité de la vie humaine. Soyez rassurés tout de même : les catacombes sont un lieu touristique de la capitale très visité en journée et il n’est pas nécessaire d’emporter vos poulets, vos cierges ou vos vêtements de cérémonie. Vous pouvez aussi laisser Evanescence sur la commode du salon.

Ossements L’entrée des catacombes se trouve au 1, Place Denfert-Rochereau. Vous entrerez dans un bâtiment Haussmannien (vous verrez que le détail prend toute son importance dans l’histoire du lieu !), et aurez 121 marches à descendre pour atteindre la profondeur de ce qui jadis fut une mine en plein cœur de Paris. En effet, avant d’être des catacombes, c'est-à-dire avant que les restes de 6 millions de parisiens (soit 12 millions de fémurs, et 60% de la population du Paris actuel) y soient entassés puis servent à décorer les murs, le site servait à l’extraction du calcaire, jusqu’à ce que cela doive cesser au XVIIe pour prévenir l’effondrement du site… dont les galeries faisaient tout de même déjà 780 km.

Au XVIIIe, lorsque Paris fut frappé par la plus grande épidémie de peste de son histoire, le cimetière Saints-Innocents des Halles devint rapidement insalubre. Contraint à trouver une solution pour contenir la propagation du mal, le Conseil d’Etat proposa que les corps fussent déposés au fond de la carrière. Plus tard, la collection ainsi initiée fut complétée par les restes issus des cimetières qu’Haussmann dût déplacer pour tracer ses fameux boulevards. Dès le début du XIXe, les catacombes furent ensuite ouvertes au public : elles suscitèrent une vague de curiosité qui attira des personnalités telles que François Premier et les Rédacteurs des Petits Papiers de Descartes (début XXIe).

Aujourd’hui, le site visitable est constitué d’une longue suite de couloirs donnant accès à de vastes salles où règne une ambiance particulière : l’humidité y est importante, l’air très frais voire froid et la lumière tamisée vous laisse parfois évoluer dans la pénombre sous le regard impassible de ces centaines de crânes. En plus des indénombrables ossements qui ornent    Restes du cimetiere  les parois de l’ossuaire, le site abrite toujours un tas de curiosités telles que la réplique d’une forteresse, le tombeau dit de Gilbert (on ne vous en dit pas plus !), ainsi que, clou de la visite, un immense tonneau de 5 mètres de haut, dont les faces sont intégralement recouvertes de crânes et qui fut le théâtre d’une fête macabre donnée en avril 1897, réunissant savants, artistes et distingués bourgeois qui avaient pris le parti de se la coller en cachette !

Cette visite vous propose donc de parcourir, au fil de longues galeries taillées directement dans la pierre, un lieu absolument unique par le nombre d’ossements et d’âmes qui y reposent, ainsi que pour les maximes qui ponctuent la visite et les multiples anecdotes qui font que sa petite histoire nous renvoie en permanence à la Grande. C’est à ne manquer sous aucun prétexte, en s’y prenant assez tôt dans la journée car la visite attire un large public et les files d’attente s’allongent rapidement.

 

Infos Pratiques

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