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Nous avons tous des préjugés !

par Aghiles Hamroun

« Il n'y a pas de préjugés anodins » : Dostoïevski savait déjà de quoi il parlait quand il affirmait ceci dans « Les Démons » en 1871.

Ainsi plusieurs décennies plus tard, en 2003, une étude de psychologie sociale   réalisée dans une faculté de psychologie française tirait des enseignements on ne peut plus « bluffants » : elle rendait en effet compte du fait que les préjugés ethniques s'établissent sur deux niveaux, l'un « automatique » et inconscient, l'autre « contrôlé » et conscient. Pour savoir comment les catégories « Arabes » et « Français », par exemple, étaient perçues au niveau du subconscient, l'étudiant observait donc un écran d'ordinateur sur lequel on affichait une « amorce » subliminale (en affichant les mots « Arabe » ou « Français » pendant un intervalle de quelques millisecondes à peine) puis il lui fallait qualifier de manière positive ou négative ce qu'il avait vu avec un adjectif tel que « chaleureux », « calme » ou « violent »... (parmi une liste de qualificatifs standards établie).

Pour rendre compte de ses préjugés au niveau contrôlé, le sujet devait remplir ensuite un questionnaire : les résultats montrent qu'à un niveau implicite les sujets associent des adjectifs négatifs à la catégorie « Arabe » et positifs à la catégorie « Français », alors qu'à un niveau explicite, les sujets font preuve d'un faible niveau de préjugés et au contraire, d'un fort niveau de favoritisme du groupe stigmatisé (ici les « Arabes »). Il y aurait ainsi, selon les auteurs de cet article, des stratégies de contrôle de soi pour « ne pas paraître raciste », dans un contexte public et social défini. Incroyable conclusion non ?

 

Pour en revenir aux clichés ethniques, ils sont nombreux et transmis à travers les générations. Pourtant, la plupart d'entre eux reposent sur des faits historiques dont bon nombre ignorent l'existence. Prenons par exemple l'un des préjugés raciaux les plus répandus : « les juifs sont riches, ce sont tous des banquiers ».

Que ce soit votre oncle, dont la langue est un peu trop déliée après quelques verres de Pinot Gris, ou votre grand-père carrément conservateur sur les bords, nul doute que l'on vous ait déjà tenu de tels propos au moins une fois dans votre vie ! Bien évidemment, tonton reste un bon vivant qui sait animer les retrouvailles familiales et papi le vieux sage dont tout le monde écoute les bons conseils ! Personne ne doute de leur bonne foi et il y a fort à parier qu'ils sont loin d'être de profonds antisémites. Mais si l'on continue d'entendre ça, il doit bien y avoir une raison. D'où vient un tel préjugé ?

En réalité, les juifs ne sont pas plus riches que les autres et il n'y a, en proportion, pas plus de banquiers juifs que de banquiers chinois ! Encore plus insolite, c'est l'origine historique de ce cliché : si les juifs sont devenus banquiers dans le passé, ce fut sous la contrainte de l'Église catholique et des princes musulmans, dont les religions interdisaient le prêt à intérêt. Le préjugé peut revêtir plusieurs formes dont certaines plus cocasses que d'autres : en Chine par exemple, ce rapport étroit entre le peuple juif et l'argent suscite la curiosité et la fascination. Dans les librairies, on trouve des étales entières remplies d'ouvrages au titre évocateur « la voie juive vers la fortune » : ainsi bon nombre de bouquins d'économie portent un titre se référant au peuple juif pour attirer le lecteur.

 

Ne vous y laissez pas prendre, les préjugés ethniques ne sont, pour la plupart, pas interprétés de manière aussi légère et positive. Ils suscitent bien trop souvent la haine raciale et conduisent parfois aux pires moments de notre Histoire.

En tant qu'étudiants et étudiantes, quelles qu'en soient les circonstances, nous devrions toujours nous forger nos propres opinions au lieu de prendre les préjugés habituels comme argent comptant.

L'université est un lieu d’échange important, les cultures du monde entier s'y mêlant tous les jours ; elle doit ainsi rester la fenêtre optimiste sur un avenir de tolérance et d'ouverture qu'elle symbolise au quotidien.