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L'Ecole de Santé

Sa création

 
Thouret

Le décret du 14 frimaire an III (4 décembre 1794) crée les Écoles de santé de Paris, Strasbourg et Montpellier. Michel-Augustin Thouret est nommé directeur de l'École de Paris et en 1795, à nouveau, un enseignement est dispensé. "Médecine et Chirurgie, deux branches de la même science", sont réunies et enseignées aux "élèves de la Patrie".
Le lieu est tout trouvé ; les bâtiments du Collège de chirurgie sont désignés, mais il faut les restaurer et les réaménager, car il y avait eu de nombreuses dégradations. La décoration extérieure et intérieure a beaucoup souffert, des sculptures sont détruites, des statues fondues, des bas-reliefs effacés.
La section Marat y a installé un atelier de salpêtre et chaque jour sont distribués des chandelles et des savons qui attirent dans les locaux quatre à cinq cents personnes. Il faudra que Thouret intervienne à plusieurs reprises, car les cours ont déjà commencé que des indésirables "courent dans les salles de dissection, dans l'amphithéâtre, empêchent ou interrompent les leçons, jettent les miettes dans les amphithéâtres, font des ordures dans les escaliers et dans les salles, cassent les vitres, déchirent le drap des tables…"

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Enfin, des professeurs sont nommés et des élèves futurs "chirurgiens des armées de la République" arrivent de leur province, et ce n'est pas une mince affaire car, la guerre civile faisant rage, les routes sont peu sûres. Certains, même, seront attaqués par les loups, d'autres blessés, découragés, font demi-tour et retournent dans leur famille.

  Ceux qui se présentent remplissent les conditions définies par Fourcroy : "Une bonne conduite, des mœurs pures, l'amour de la république et la haine des tyrans, une éducation assez soignée pour qu'on soit assuré que les élèves posséderont les premiers éléments des sciences exactes, et surtout la culture de quelques-unes de celles qui servent de préliminaires à l'art de guérir, telles que la physique, l'histoire naturelle, la chimie ou l'anatomie…"

 
Le choix des élèves était confié aux officiers de santé désignés dans chaque district par une commission. Cet organisme est présidé par un citoyen recommandable par ses vertus républicaines et désigné par l'agent national du district. La date du 1er pluviôse a été retenue pour la première rentrée et il est établi que les élèves recevraient un traitement égal à celui des élèves de l'École centrale des travaux publics. Ils doivent aussi prêter le serment révolutionnaire : "Je jure haine à la royauté et à l'anarchie, je jure attachement et fidélité à la république et à la constitution de l'an III".
Les assemblées se tiennent dans la grande salle du premier étage - aujourd'hui annexée à la bibliothèque - et le directeur, Michel-Augustin Thouret, s'aperçoit de la sonorité de la salle ; aussi demande-t-il un dépôt de tapisseries au Garde-Meuble national. C'est chose faite le 7 pluviôse an IV (27 janvier 1796) : six tapisseries des Gobelins sont accrochées. Il s'agit de la suite des Éléments, tapisseries de haute lisse, tissées en laine et soies relevées d'or d'après les dessins de Charles Lebrun, commandée par Colbert en 1664. Ces tentures ont été réalisées à la gloire de Louis XIV. Les quatre plus importantes représentent les quatre éléments. Chacune reprend une allégorie mythologique d'un des éléments, avec ses dieux et ses attributs, et une devise morale conçue par Claude Perrault avec l'aide de son frère Charles. A la terre, l'eau, l'air et le feu sont associées quatre vertus : la magnanimité, la valeur, la piété et la bonté. Ces qualités singularisent le roi Louis XIV et permettent de le comparer au soleil. Ces éléments décorent toujours la salle du Conseil de l'Université.

L'enseignement

Costumes de Professeur de l'Ecole de Santé. Costumes de Professeur de l'École de Santé.
Le costume fut déterminé par le décret en date du 20 brumaire an XII :
 "Le grand costume sera porté aux examens, aux thèses, lors des prestations de serment et des rapports aux tribunaux, et dans toutes les fonctions et cérémonies publiques". Acquis par l'École de Santé, an XI

   
 L'École de Santé est dotée de douze chaires. Le directeur doit faire deux cours, l'un sur la médecine d'Hippocrate dans le traitement des maladies aiguës et l'autre sur les cas rares dans les maladies externes et internes. Le bibliothécaire était chargé d'un cours de bibliographie médicale, le conservateur devrait montrer les collections et expliquer leur conservation. Ce règlement de l'enseignement sera en vigueur jusqu'en 1822.
Les élèves de la patrie sont répartis en trois classes. Ceux du premier niveau ou troisième classe suivent, pendant le semestre d'hiver, les cours d'anatomie, de physiologie, de chimie. Ils doivent faire des exercices d'anatomie et voir les pièces contenues dans les collections. Au second semestre, ils ont cours d'histoire naturelle, physique et ostéologie. Ils s'exercent aux bandages et appareils.
Les élèves du second groupe suivent, pendant le premier semestre, des cours sur l'anatomie, la chimie, la médecine opératoire, un cours fondé sur les doctrines d'Hippocrate pour le traitement des maladies aiguës, et font des exercices d'anatomie. Lors du second semestre, ils ont un second cours d'histoire naturelle, un de pathologie externe et interne et un d'accouchement… Ils suivent aussi des cours pratiques dans toutes ces matières.

     
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La troisième année regroupe les élèves de première classe. Ils suivent des cours d'anatomie, de chimie, de médecine opératoire ainsi que de bibliographie médicale lors du premier semestre. L'été, ils ont histoire naturelle, pathologie externe et interne, cours sur les accouchements, histoire de la médecine. Ils suivent aussi pendant toute l'année des cours pratiques et se rendent dans les différents hôpitaux de Paris.
L'École de Santé considérait son école pratique comme une institution nationale et, à ce titre, n'y admettait pas les étrangers. Les cours avaient lieu dans les bâtiments du couvent des Cordeliers jusqu'en 1834, puis l'on construisit les pavillons et, après avoir été transférée rue Vauquelin, elle put se réinstaller en 1886 au 15, rue de l'École de Médecine. Le directeur A. Thouret reconnaît le 21 vendémiaire an VIII que "la création la plus importante de l'École, c'est l'enseignement clinique". Bornée d'abord à trois hospices particuliers, insuffisants pour la foule nombreuse qui se presse à ces leçons l'École a obtenu de doubler chacune des cliniques interne et externe. De plus, trois cliniques nouvelles ont été instituées, pour l'inoculation, le traitement des maladies syphilitiques et la pratique des accouchements. C'est ainsi que, jusqu'en 1824, la clinique interne a son siège à l'hospice de l'Unité (La Charité) et la clinique externe à l'hospice de l'Humanité (Hôtel-Dieu).
A l'origine, l'Ecole était réservée à la formation des officiers de santé pour le service de l'armée. Cependant, en l'an V, l'École établit un examen pour ceux qui voulaient servir dans les hôpitaux ou dans la société.
L'exercice de la médecine est réglementé par une loi du 19 ventôse an XI. Cette loi prévoit les examens et institue les grades de docteur en médecine, en chirurgie et d'officier de santé conférant le droit d'exercice.
Lorsque l'Ecole de Santé s'installe dans l'ancien Collège de chirurgie, elle crée un jardin botanique aux Cordeliers, (une grande partie a disparu lors de la construction de l'hôpital des cliniques en 1834) qui fit définitivement abandonné en 1897. L'Ecole de santé devient, après la Révolution, Ecole de médecine et est érigée en faculté par décret du 17 mars 1808 ; elle deviendra un corps universitaire à la date du 1er janvier 1809.
Jacques Gondoin, après avoir pris la place de jardinier de son père pour échapper à la tourmente révolutionnaire, est à nouveau sollicité et reconnu comme architecte et il réalise, en 1806, l'aménagement de la place face à la Faculté : il construit une fontaine monumentale, détruite elle aussi au moment de la construction de l'hôpital des cliniques. Elle est "composée d'un bassin et de quatre colonnes doriques qui supportent une terrasse de bon goût, peut-être un peu sévère, mais convenable à la place qu'elle décore. Cette fontaine ne plait pas à tout le monde, parce qu'elle ne verse l'eau que par intervalles…".