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Le Médecin et le chirurgien

Le chanoine médecin

Jean Pitard

Jean Pitard (chirurgien), fondateur du Collège de Chirurgie, Premier chirurgien de Saint-Louis, de Philippe le Hardi et de Philippe le Bel
En France, suite aux invasions barbares, le savoir, c'est-à-dire les manuscrits des auteurs anciens, sont conservés dans les monastères. Les premiers médecins sont donc des clercs qui ont accès à la connaissance. De plus, avec la propagation de l'évangile, le sens chrétien de la charité passe par le soin du prochain et si possible la guérison du malade. Aussi, il est logique que de nombreuses fondations caritatives soient dirigées par des religieux. Il faut remonter au IVème siècle pour trouver le premier hôpital cité dans un texte : le "Nosokomeion" (endroit où l'on soigne), fondé par une noble dame romaine, Fabiola.
A Paris, l'Hôtel-Dieu, près de Notre-Dame, accueille les pauvres, malades ou non, dès l'an 651 ; c'est aussi à l'ombre de l'église cathédrale, à "l'école canoniale", que se forment les médecins.
Avec Charlemagne, l'enseignement de la médecine est donné dans les écoles palatines ; dans le cartulaire de Thionville daté de 805, il est fait clairement mention de l'art de guérir. La science médicale fait partie intégrante de la formation des élèves. (1)
Ce n'est que peu à peu que la médecine devient laïque, mais les "physiciens" ou "mires" qui l'exercent sont astreints au célibat jusqu'en 1452, date à laquelle Guillaume d'Estoutrville obtient en leur nom une dispense pontificale.
La laïcisation de la médecine est le résultat de causes d'ordres différents. En premier lieu, l'éloignement des risques d'invasions permet une certaine stabilité politique qui entraîne une ouverture sur le monde. Les monastères ne sont plus les seuls lieux d'étude et chacun pourra accéder à la connaissance. D'autre part, le médecin devait soigner hommes et femmes, se faire une clientèle et par là même pouvait être tenté de ne pas respecter les principes de chasteté et de pauvreté. C'est ainsi que le ministère du prêtre et l'exercice de médecine devront être dissociés par ordonnance du pape Honorius IV au XIIIe siècle.
Le IVe concile de Latran interdit en 1215 aux prêtres de verser le sang. Ce qui conduira à la fin du Moyen-Age à une distinction des rôles du médecin et du chirurgien. Le premier, le médecin ou le mire, aura un enseignement livresque, c'est un homme instruit. Alors que le second, le chirurgien, sera considéré comme un manuel, qu'il faut d'ailleurs aussi distinguer du barbier, de l'inciseur, qui ne reçoivent pas ou peu d'instruction, sinon par la pratique (souvent en assistant d'abord leur père ou un proche).

L'ordre de Saint-Côme

L'ordre de Saint-Côme

Chirurgien ou barbier, la séparation entre les deux professions n'est pas toujours très nette. Le premier chirurgien de Saint Louis, Jean Pitard, va clarifier la situation en créant la confrérie de Saint Côme. Les chirurgiens dits "de robe longue" devront passer un examen devant leurs pairs avant d'exercer et seront dorénavant distincts des chirurgiens de "robe courte" ou barbiers auxquels ne sont confiées que de petites interventions, du moins en ville.
Les premiers statuts retrouvés de cette confrérie datent de 1379, ceux de J. Pitard ne sont pas parvenus jusqu'à nous, mais il en est fait mention. Après avoir rappelé les devoirs dus aux trépassés - messes, prières et cierges offerts par la confrérie. Il est dit que les chirurgiens ne pourront s'assembler sans l'autorisation des "jurez", ils devront se réunir à Saint Jacques de la Boucherie ; les chirurgiens de la confrérie s'engagent à payer une certaine somme pour être agréés et ne doivent pas révéler la teneur des examens. Les confrères se doivent mutuelle assistance, ils reçoivent le "bonnet magistral au chapitre de l'Hôtel-Dieu de Paris", il est fait expressément mention de la connaissance requise du latin : ni les maîtres ni les bacheliers ne peuvent prendre un apprenti s'il n'est grammairien et ne sait le latin car, précise l'article 30, "la science de chirurgie pourrait autrement venir à néant". Mais les barbiers outrepassent leurs droits et font des opérations réservées aux seuls chirurgiens.
Ces derniers, en 1424, insistent à nouveau pour s'en démarquer. Ce n'est qu'après de nombreuses réclamations qu'ils obtiennent un arrêt du parlement de Paris daté du 4 septembre 1425, ne permettant aux barbiers de ne soigner que "les plaies et bosses".

L'université

L'université

Le grand bouleversement pour l'art médical vient de la naissance de l'université.
Avec sa création au XIIIe siècle, les médecins prennent le pas, et pour longtemps, sur les chirurgiens ; en effet, nul ne peut s'installer s'il n'a pas un diplôme de "l'alma mater". Un premier "contrôle des connaissances" avait déjà été préconisé par Roger II de Sicile qui avait, en 1140, institué un premier diplôme de médecine. Le contexte était très différent, c'était au temps de la célèbre école de Salerne, dont la renommée avait largement dépassé les frontières de l'Italie. Ses étudiants ont contribué au rayonnement de la médecine dans tout le bassin méditerranéen. C'est ainsi que très tôt, avant Paris, Montpellier a une école de médecine puis une Faculté qui est de ce fait une des plus anciennes du monde.
Le pouvoir de l'université est grand, c'est un "état" dans l'Etat et ses membres dépendent directement du pape ; les premières victimes de ce développement de l'université seront les femmes : les portes leur sont fermées, plus de mirasses, plus de physiciennes. Pourtant l'exercice de la médecine, protégé en 1390 par lettres patentes du roi, ne leur a jamais été retiré, mais par le fait même qu'elles ne pouvaient suivre l'enseignement de la Faculté, elles ont dû s'incliner, non sans combattre.
La Faculté de médecine poursuit en justice celles qui osent faire fi de son enseignement et continuent à pratiquer. C'est souvent le cas de filles de médecin. Pour exemple citons Jacqueline Félicie de Almania qui a été poursuivie devant l'officialité par la Faculté de Paris en 1322 pour exercice illégal. Certains ont dû regretter le temps où, inscrites sur les rôles, elles payaient l'impôt sur les honoraires touchés. En 1292, à Paris, trente mires et huit mirasses sont inscrits sur le rôle de la taille. Les membres du clergé, de la noblesse et de l'université en sont exemptés.
Pour ce qui est des chirurgiennes, c'est sous le règne de Charles VIII qu'elles n'ont plus le droit de pratiquer.
Où est-il le temps où Saint Louis, partant à la croisade, emmenait Hersent, une femme chirurgien ! Les femmes garderont une place importante dans les soins donnés aux malades en se faisant infirmière, "ventrières", c'est-à-dire "sages-femmes". Mais il faudra attendre l'extrême fin du XIXème siècle (1875) pour qu'une femme, Madeleine Brès, puisse obtenir un diplôme de docteur en médecine.