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Les chirurgiens : une corporation

chirurgiens

Les chirurgiens : une corporation

 

M. Delaunay

 

M. Delaunay, Chirurgien Juré, demeure à Paris dans la rue d'Anjou, la dernière porte cochère à droite en entrant par la rue Dauphine.

Mis à l'écart par les médecins, ne dépendant pas de l'université, les chirurgiens ne sont pas considérés comme des savant ce sont des "manuels" regroupés en métier, professant leur propre enseignement, réunis sous le vocable de l'Ordre de Saint-Côme ; ils sont installés à côté du couvent des Cordeliers dans les dépendances de l'église Saint-Côme, aujourd'hui disparue. C'est là que, le premier lundi de chaque mois, ils soignent gratuitement tous les malades qui se présentent.
Depuis le règne de Philippe IV le Bel, "nul homme ou femme" ne peut s'intituler "chirurgien ou chirurgienne" s'il n'y a pas été autorisé par le chirurgien juré du Châtelet ; cette première reconnaissance remonte à 1311.
Les chirurgiens doivent se soumettre à la Faculté. Sous François 1er, en 1544, les chirurgiens obtiennent la même reconnaissance que les universitaires. Ils ont les mêmes grades : bacheliers, licenciés, maîtres et professeurs, ils doivent être aussi grammairiens et "instruits en langue latine".
Les barbiers se rapprochent des médecins et, en 1494, les régents leur donnent un enseignement en français, ce qui n'est pas du goût des chirurgiens qui demandent en 1571 que les barbiers dits chirurgiens "de robe courte" ne soient pas considérés comme disciples de la Faculté. Celle-ci tranche la question en gardant sous sa tutelle les deux corporations. Enfin, le 7 janvier 1608, le chancelier de l'Université, Pierrevive, accorde aux chirurgiens le droit de lire et d'enseigner la chirurgie mais le 24 mars 1609, le parlement rend un avis contraire. Les chirurgiens ne baissent pas les bras, ils finissent par obtenir l'autorisation de louer une pièce dans le collège Danville pour y "faire les lectures et démonstrations en chirurgie, anatomie et instructions pour "l'incision" soit l'extraction du calcul de la vessie". L'année suivante, le libre accès à leurs cours est reconnu. Ils professent soit, mais ne doivent pas faire de lecture, privilège laissé aux professeurs de la Faculté ! Le 19 novembre 1616, le chirurgien Séverin Pineau inaugure l'amphithéâtre de Saint-Côme. Le roi Louis XIII, qui avait une véritable affection pour les chirurgiens car il était né le jour de la Saint-Côme, accorde une rente à Pineau et François Thévenin pour enseigner … mais seulement sur la taille !
En 1635, un accord semble intervenir entre les docteurs régents et les chirurgiens. Il est dit : "Plus, les docteurs qui seront élus de la Faculté pour enseigner les serviteurs des dits maîtres barbiers et chirurgiens expliqueront les traictés, doctrine et chapitre du Guidon (œuvre de G. de Chauliac) et autres auteurs qui ont parlé de chirurgie". Dès 1659, les chirurgiens réclament leur autonomie refusée à nouveau par le Parlement. Malgré ses problèmes, le collège de chirurgie prospère et bientôt, on inaugure le nouvel amphithéâtre situé rue des Cordeliers - aujourd'hui rue de l'Ecole de Médecine. Les chirurgiens y enseignent l'anatomie, l'ostéologie et la pratique des opérations.
Ce "théâtre anatomique" a été construit par Charles et Louis Joubert entre 1691 et 1694. Dans son ouvrage sur la description de Paris, Piganiol de la Force en donne une description : "L'Ecole, telle qu'elle est aujourd'hui, a été nouvellement bâtie aux dépens de la communauté des chirurgiens. On y entre par une grande porte assez bien décorée et sur laquelle est cette inscription en lettres d'or : "Aedes chirurgorum". On trouve ensuite deux beaux corps de bâtiments séparés par la cour. A main droite en entrant est l'amphithéâtre. La porte de cet amphithéâtre est décorée d'un ordre ionique et de quelques ornements de sculptures, symboliques de l'art de chirurgie…". Ces bâtiments sont aujourd'hui réservés à l'enseignement des lettres.

 

L'enseignement au Collège de chirurgie

   

 

 

 

Gigot de Lapeyronnie

Gigot de Lapeyronnie

L'année 1724 voit la consécration des chirurgiens, par lettres patentes données à Fontainebleau. Louis XV, sur sollicitation de son premier chirurgien Mareschal, établit cinq chaires de professeurs au collège de chirurgie.
En 1747, François de la Peyronnie dote largement le collège, son successeur en fait de même et l'Ecole pratique de dissection accueille provisoirement les élèves rue de la Pelleterie, en attendant de nouveaux locaux.
L'enseignement est très diversifié : La chaire des principes de chirurgie devient chaire de physiologie en 1755, l'enseignant y traitant des plaies, ulcères et apostèmes ; les cours ont lieu les lundis et jeudis. La deuxième chaire est celle d'Ostéologie et Pathologie, les cours ont lieu les mardis et vendredis.
La troisième est consacrée à l'anatomie. Les cours avaient lieu les lundis, mardis, jeudis et samedis et commençaient le premier lundi suivant la Saint-Martin, le 11 novembre et finissaient le 15 février.
Sur César Verdier, né en 1685 et mort à 75 ans en 1759, qui avait un enseignement très suivi, l'un de ses pairs, le chirurgien Morand, écrit : "Une exposition claire de la structure des partis, de leur situation naturelle, de leurs rapports, de leurs fonctions, était suivie d'une démonstration présentée de toutes sortes de façons. Préparations sèches et fraîches, injections, pièces conservées dans l'esprit de vin, morceaux d'anatomie comparée, coupes singulières, dessins planches coloriées, il n'y avait pas de moyens que M. verdier n'employât pour inculquer ses propres connaissances".
Les opérations chirurgicales sont enseignées dans la quatrième chaire les lundis, mardis, jeudis, et samedis. L'un des démonstrateurs célèbres fut Georges de la Faye. Né à Paris en 1699, reçu maître en chirurgie en 1731, il écrivit un ouvrage, "Principes de chirurgie" qui eut huit rééditions en français et plusieurs traductions. Il a aussi laissé de nombreux rapports à l'Académie de chirurgie.
La 5e chaire est celle de la matière chirurgicale. Le démonstrateur y enseigne la pratique de la saignée, des cautères, des ventouses, des sangsues, des vésicatoires et des médicaments usuels. Cette chaire prit la désignation de chaire des médicaments en 1755, puis en 1758, elle devint Chaire de Thérapeutique. Le cours avait lieu pendant la saison d'été, depuis le mois de mai jusqu'à la saint martin, les mercredis et samedis.
La 6e chaire, celle des Accouchements, a été fondée grâce à un legs de François Gigot de Lapeyronnie, en 1768 ; y assistaient les élèves en chirurgie, les sages-femmes. Les démonstrateurs étaient choisis par le premier chirurgien du roi.
La 7e chaire, ou chaire des Maladies des yeux, a été fondée par la Martinière le 10 novembre 1765. Les cours avaient lieu en mai, juin, juillet et août, les lundis, mardis et vendredis.
La 8e chaire, Chimie chirurgicale, est fondée par un édit du mois de décembre 1775, en même temps que l'hôpital du Collège de chirurgie, par Louis XVI.
La 9e chaire est celle créée le 4 juin 1783 par Peyrilhe pour l'enseignement de la botanique.
La 10e et dernière chaire, fondée en 1791 pour les maladies des os, a été confiée à Pierre-Mathurin Bottentuit-Langlois.

 

L'enseignement à l'hôpital

ancienne façade de l'Hôtel-Dieu

 

 

 

 Vue de l'ancienne façade de l'Hôtel-Dieu

 
 
A cet enseignement théorique se rattache un enseignement pratique à l'hôpital. Nous avons vu que les chirurgiens donnaient des soins gratuits le premier lundi de chaque mois dans l'église Saint-Côme, puis dans l'appentis ajouté en 1554, enfin dans le collège. Les élèves suivaient aussi les visites hospitalières à l'hôtel-Dieu et à la Charité et l'on peut constater qu'il existait déjà une sorte d'externat et d'internat.
Les étudiants qui se destinaient à exercer en banlieue de Paris ou dans le vicomté ou la prévôté de Paris devaient avoir suivi cinq ans d'études dont trois ans dans les hôpitaux. Ils étaient alors "garçons chirurgiens", puis "compagnons", logés, nourris, chauffés, éclairés et blanchis à l'hôtel-Dieu. Ils étaient aidés par les "commissionnés" qui les remplaçaient par la suite lorsqu'ils quittaient l'hôpital. Le règlement imposé aux compagnons était très strict, la bienséance est recommandée, nul ne doit visiter une femme sans la présence d'une autre femme, et bien sûr, ne jamais s'enfermer avec une patiente. Les garçons-chirurgiens portent le tablier blanc et il leur incombe spécialement de pratiquer les saignées.
Au plus bas de l'échelle se trouve l'élève, nous pourrions dire l'externe. Il n'est ni logé, ni nourri, il doit être âgé d'au moins dix-huit ans, se présenter au bureau avec un certificat de bonne vie et mœurs signé par son curé. Plus tard, il lui faudra passer un examen devant deux médecins, le maître chirurgien et le compagnon gagnant maîtrise.
A partir de 1662, les élèves reçus externes et commissionnés devaient un droit de lancettes, c'est-à-dire qu'ils devaient donner au maître chirurgien et au compagnon gagnant maîtrise deux lancettes neuves et une à chacun des douze compagnons.
Il n'y avait qu'un maître chirurgien à l'Hôtel-Dieu, aidé par une sorte de chef de clinique, le "compagnon gagnant maîtrise". Ce dernier avait une fonction fortement enviée car il faisait un stage de six ans et pouvait ainsi beaucoup apprendre. C'est en 1585 que le terme de "gagnant maîtrise" est employé. Il donne le privilège d'être dispensé du diplôme de maître es arts normalement obligatoire pour être maître chirurgien juré, de la soutenance de thèse et du "chef-d'œuvre", soit une série d'examens qui se déroulaient de la façon suivante. L'immatricule, le premier était une simple formalité, puis la "tentative" portait sur la physiologie. Ensuite venait le "premier examen", deux mois après la "tentative" : neuf maîtres interrogeaient l'élève sur la pathologie chirurgicale. Il y avait ensuite les examens des quatre semaines. D'abord interrogé quatre jours dans la première semaine sur l'ostéologie, le candidat était ensuite questionné sur l'anatomie, les opérations qu'il faisait sur le cadavre ! la quatrième semaine était réservée aux médicaments. Lors du dernier examen, l'élève devait répondre à des questions sur la thérapeutique chirurgicale, enfin il soutenait une thèse latine sur un sujet de chirurgie devant le doyen de la Faculté de Médecine, deux docteurs régents, le lieutenant du premier chirurgien du roi, les quatre prévôts et des officiers du corps des maîtres en chirurgie. Enfin il était chirurgien !
Au collège, 237 thèses ont été soutenues, entre 1749 et 1789. Elles ont trait à la chirurgie et aux accouchements et sont de bon niveau.
Le service médical de l'Hôtel-Dieu était assuré par les docteurs régents de la Faculté. Ces derniers avaient autorité sur les chirurgiens et lors des opérations importantes, comme la trépanation ou l'amputation. Trois médecins devaient auparavant donner leur avis et l'un d'eux assistait à l'acte chirurgical.
A la fin du XVIIIème siècle, la situation est très différente d'un hôpital à l'autre. Le système ne correspond plus à la demande. Bien souvent hôpitaux et hospices sont confondus, il y a un manque de crédits et une surpopulation. La condition des malades est souvent déplorable ; ainsi les contagieux ne sont pas isolés, il y a aussi un manque de nourriture, une hygiène inexistante, la "pourriture d'hôpital" y règne en permanence, les opérations se font au milieu des malades, les contagieux ne sont pas isolés. Si bien que le ministre Necker crée une commission hospitalière de seize membres pour enquêter. Le rapport du docteur Colombier est alarmant et demande des réformes.
Avec la Révolution et la suppression des biens du clergé, les établissements se trouvent sans ressources. Certains voudraient détruire l'hôpital comme "nuisible à la nation".
Sous l'impulsion du duc de La Rochefoucaud - Liancourt, un projet de réorganisation détaillé est publié, mais il faudra attendre l'Empire pour que la situation soit rétablie.

 

Clystère
   A. BOSSE Clystère