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Le sport de haut niveau n’affecte pas l’équilibre psychologique

04/05/2011

Une équipe de chercheurs de l’IRMES (INSEP- Université Paris Descartes), conduite par Karinne Schaal, vient de dévoiler les résultats d’une étude épidémiologique menée pendant deux ans sur plus de deux milles sportifs de haut-niveau. Contrairement aux idées reçues : la pratique du sport de haut niveau, en soi, n’endommage pas la santé mentale des sportifs.

Cette étude publiée dans la revue PLoS ONE, réalisée en collaboration avec les Centres Régionaux d’Education Physique et Sportive (CREPS) et les centres médico-sportifs français et les professionnels du suivi des Sportifs de Hauts Niveaux (SHN), démontre qu’en France, la présence de troubles psychopathologiques n’est pas plus fréquente chez les sportifs de haut niveau que dans la population générale du même âge.

Une prévalence des troubles psychologiques comparable au reste de la population

De grandes similitudes sont observées entre les SHN  et le reste de la population. Les troubles anxieux et dépressifs, les troubles du comportement alimentaire et les troubles du sommeil, sont identifiés plus fréquemment chez les femmes, tandis que les comportements agressifs et les abus de substances sont plus fréquents chez les hommes. De même, les troubles du comportement alimentaire majeurs, tels que l’anorexie et la boulimie, affectent moins de 1% des sportifs, ce qui correspond au taux reporté dans la population générale. Enfin, le facteur de l’âge influe de la même façon sur la prévalence des épisodes dépressifs, plus fréquents chez les personnes plus âgées.

Mais des sportifs mieux protégés contre les troubles dépressifs

L’activité physique semble atténuer les troubles dépressifs. L’anxiété généralisée, le trouble le plus fréquemment identifié, affecte seulement 6 % des sportifs, contre 14% de la population française du même âge. De même, la dépression majeure est moins fréquente chez les SHN : moins de 1% d’entre eux, contre 2,6 % dans la population.

L’importance de l’environnement du sportif est largement mise en évidence dans cette étude. Seule une faible minorité des SHN (4%) est exposée à un ou plusieurs facteurs socio-environnementaux néfastes dans la sphère familiale, scolaire, ou sportive par exemple, mais, ils présentent 2 à 3 fois plus de risque de souffrir d’un ou plusieurs troubles psychopathologiques par rapport à la population globale.

A chaque sport ses pathologies

Les troubles psychologiques varient de façon significative selon le type de sport exercé. Cela reflète probablement l’association entre les contraintes spécifiques de certains sports et les prédispositions psychologiques des sportifs s’y adonnant. Ainsi, les troubles anxieux sont identifiés le plus souvent chez les sportifs (17%) et sportives (39%) pratiquant une discipline esthétique telle que la gymnastique, le patinage artistique ou la natation synchronisée.

La même tendance est observée pour les troubles dépressifs. La dépendance à  l’appréciation d’un jury, commune à ces sports, pourrait contribuer au développement de ces troubles. A l’inverse, les troubles dépressifs sont très peu observés dans les sports à risque tels que le parachutisme, le parapente ou le deltaplane, et les sports de glisse. Les troubles du comportement alimentaire mineurs affectent le plus souvent les hommes et femmes pratiquant un sport de contact à catégorie de poids, reflétant les contraintes liées à la compétition.

Les résultats de cette première étude d’échelle nationale sont très importants pour l’évaluation du suivi des athlètes de haut niveau. Ils démontrent la nécessité du suivi psychologique annuel légiféré depuis 2006, afin de prévenir le développement de troubles liés aux contraintes particulières de certains sports, et aux facteurs de risques socio-environnementaux. Ils se révèlent très encourageants et seront suivis dans les années à venir.

 

Référence :
Psychological balance in high level athletes : gender-based differences and sport specific patterns. PLoS ONE
K. Schaal, M. Tafflet, H. Nassif, V. Thibault , C. Pichard, M. Alcotte, T. Guillet, N. El Helou, G. Berthelot, S. Simon, J.F. Toussaint (2011).

A propos de l'IRMES
Afin de faire évoluer les connaissances concernant la pratique sportive et la santé, le Ministère de la Santé et des Sports, l’Université Paris Descartes, l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (Inserm) et l’Institut National du Sport et de l’Education Physique (INSEP) ont créé l’Institut de Recherche bioMédicale et d’Epidémiologie du Sport (IRMES) en 2006. Ses axes de recherche portent notamment sur l’épidémiologie de la performance, la physiopathologie du sport de haut niveau et sur les bénéfices sanitaires de l’activité physique ou sportive.