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Séminaire Sport et Humanités

Le Séminaire Sport & Humanités 2015-2016 aura le plaisir d’accueillir le lundi 1er février 2016 de 14h30 à 16h30 :

PATRICK MIGNON
Sociologue à l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (INSEP), ainsi qu’à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS)

Salle des thèses,
Centre universitaire des Saints-Pères, 5è étage du bâtiment Jacob, 45 rue des Saints-Pères, 75006 Paris
Un café sera servi dès 14h pour un moment convivial.

De la discipline à l’autonomie : le mental, nouvelle frontière de la performance

" La performance sportive est volontiers présentée comme la combinatoire de trois facteurs : le physique, la technique, et mental. La prise en compte du facteur mental met en avant la dimension non physique de l’expérience sportive (psychique, spirituelle ou culturelle), ce qui peut apparaître comme le résidu non rationnel quand les sciences de la nature ont épuisé leur pouvoir explicatif. Il est alors proposé comme une des possibles explications de la performance, ou de la contre-performance, sous les références à la force du mental, à la volonté, aux traits culturels qui valorisent la gagne, à l’amour du maillot, au désir, à la foi, etc.
La référence au mental traduit les perplexités face aux aléas de la performance. Le mental apparaît aussi dans les interrogations qui surgissent  quand on se demande ce qui se passe dans la tête d’un sportif confronté aux aléas heureux ou malheureux de sa carrière, aux transformations du sport ou qu’on s’interroge sur l’engagement dans la performance. Le mental renvoie ainsi à la nécessité de dispositif susceptible de surmonter ces aléas.
Ces dispositifs concernent d’abord les institutions du monde de la performance et ses professionnels. Illustration du processus continu de rationalisation du sport, la recherche de la petite différence qui fait la victoire nécessite un travail spécifique sur les capacités psychologiques des sportifs : attention, concentration, attitude. Le facteur mental est devenu ainsi une dimension du travail sportif où il apparaît, avec ses spécialistes, dans l’allongement de la chaîne de division des tâches caractéristique de la production de la performance. A ce titre, il renvoie aux concurrences entre professionnels institués, les entraîneurs, et nouveaux professionnels, psychologues, coaches, préparateurs mentaux, etc. Au découpage temporel et corporel des rythmes journaliers du travail et des séquences spécialisées de travail qui visent à développer les habiletés par la discipline de travail s’ajoutent l’observation des états émotionnels et l’attention plus forte au mal-être des sportifs et l’appel à l’intervention des experts de l’esprit et de son articulation avec le corps pour le développement de nouvelles compétences du sportif.
A une formation du sportif fondée sur une organisation qui segmente le corps et le temps ou à la  mobilisation mentale par l’entraîneur à l’aide des références de la discipline sportive tend à succéder un appel  à l’autonomie du sportif considérée comme condition de la performance quand le sportif a un projet, sait et fait ce qu’il faut faire pour performer. C’est une invite au travail du sportif sur lui-même pour se transformer, que ce soit pour se conformer ainsi à l’idéal sportif ou réaliser son rêve de mobilité. Les ressources sont multiples : techniques de méditation, adoption d’un mode de vie ascétique, recours à la religion comme ressources de rituels de conjuration du sort, comme contrôle social ou comme force spirituelle.
La frontière du mental nous donne l’opportunité d’observer comment  on passe dans le sport d’élite ou de haut niveau à une conduite des athlètes fondée sur la mise en œuvre de procédures disciplinaires à une valorisation de l’autonomie, soit à une auto-discipline."