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Le privilège de l’innocence de sa couleur de peau !

« Je suis blanche » … Il ne faut pas sous-estimer la force des privilèges, et de tous les impacts sociaux que cette simple phrase, sujet/verbe/complément, implique. C’est le thème du documentaire Ouvrir la voix, d’Amandine Gay, à travers le portrait de vingt-quatre femmes noires.

Pendant plus de deux heures, nous assistons aux témoignages de ces femmes qui nous présentent le concept d’intersectionalité. Être simultanément la cible de plusieurs rapports de domination. Le sexe, la « race », la classe sociale et l’orientation sexuelle, des composantes de la vie de tous, mais qui peuvent s’avérer être des sources de difficultés quotidiennes pour un grand nombre de personnes en France. Etant féministe, je me bats pour les droits des femmes sans distinction de « race », mais je conçois ne pas être la plus apte à parler des droits des femmes noires. Même en étant touchée au plus profond de moi, je ne pourrais jamais ressentir au fond de ma chair et de mon être ce qu’elles éprouvent. Cependant il n’en est pas moins important de s’informer et de connaître les enjeux de cette intersectionalité afin d’évoluer ensemble et de changer les mentalités. Je ne pourrais aborder, ici, tous les stéréotypes auxquels ces femmes afro descendantes sont confrontées et dont parle le documentaire, mais en voici quelques-uns, qui, je l’espère, susciteront votre intérêt et réveilleront le/la militant.e qui sommeil.le en vous !

En France, la femme, belle, est souvent définie par sa minceur, sa peau pâle, ses cheveux longs et lisses. Les publicités regorgent de ce type de femmes qui n’en ont pas fini de nous faire complexer. Mais qu’en est-il d’une femme noire ? Comment fait-elle pour s’identifier ou se trouver jolie quand les cheveux crépus et la peau foncée ne sont pas représentés comme de belles caractéristiques ? Dans le film, elles nous parlent de leurs efforts pour se rapprocher le plus possible de cette définition de la beauté, par des crèmes pâlissantes, le lissage de leurs cheveux. Tout ceci dans le but de se faire remarquer le moins possible en tant que noire et d’éviter tous les clichés qui s’en suivent (la femme noire qui parle fort, qui sent mauvais, qui n’a pas de tenue). D’une manière générale, elles nous expliquent qu’elles ont toujours eu besoin de redoubler d’efforts et d’attentions pour essayer d’être « au même niveau » que les blanches.

Ces vingt-quatre femmes nous racontent toutes qu’elles ont toujours été poussées à en faire deux fois plus scolairement par leurs parents, trop conscients de la sélection qui se joue dans les études et qui ne se base pas seulement sur le dossier scolaire comme on voudrait nous le faire croire. En effet, une femme noire sera plus facilement orientée vers des voies professionnelles que des voies générales, ou on lui refusera l’entrée d’une grande école comme ça a été le cas pour une des protagonistes. Une conseillère d’orientation lui avait dit que son dossier n’était pas assez bon pour l’école de commerce qu’elle visait. Plus tard elle en avait parlé à une amie blanche dont les résultats n’étaient pas meilleurs que les siens et à qui on n’avait pas eu d’avis négatifs pour l’entrée dans cette même école.

« Le privilège de l’innocence de sa couleur de peau » comme le dit une des femmes du film, est un privilège réservé aux blancs. Après ce documentaire j’ai enfin pris pleinement conscience de ma couleur de peau et de toutes les possibilités qu’elle m’offrait. Si un jour je veux devenir actrice je ne serais pas, toujours, cantonnée au rôle de la prostituée ou de la droguée. Je n’aurai pas non plus de réflexions déplacées du genre « au lit tu dois être une vraie féline », « tu dois être sauvage », car ma couleur de peau ne me renvoie pas à une vision hypersexualisée, à un cliché animalier dont peut être victime une femme noire. Une amie m’a racontée qu’elle avait honte de sa couleur de peau après avoir été exclu d’un anniversaire car elle était « trop foncée ». Ma couleur de peau n’a jamais été source d’interrogation ou de remise en question car être blanche ne m’a jamais retiré aucun droit.

Ouvrez sans plus tarder un nouvel onglet, pour aller voir des extraits du documentaire sur YouTube, qui finiront d’illustrer mes propos. Attention à la claque que vous allez recevoir ! Moi je me suis relevée pour écrire cet article. Quel est l’idée saugrenue qui vous viendra à l’esprit ?!

Camille Mouzon