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Point de vue sur la Syrie

Mais que se passe t-il en Syrie ?

19 mois après le début du conflit, les combats restent toujours incessants en Syrie. 32 000, c’est le nombre victimes depuis le début de ce conflit qui oppose le régime de Bachar Al Assad et l’armée Syrienne libre, constituée par les rebelles et les civils.

Face à l’immobilisme de la communauté internationale, la répression sanglante se poursuit et le régime en place résiste toujours alors que les conditions de vie se dégradent de jour en jour :  difficultés alimentaires, sanitaires... La diplomatie internationale a bien du mal à mettre fin à cette crise qui commence à se répandre dans toute la zone. Pourquoi une telle attente, alors que la Syrie est plongée dans un bain de sang ? Que fait la communauté internationale ? Anne Clémentine Larroque, Chargée de conférences à Sciences Po Paris, a répondu à ces questions pour Les Petits Papiers De Descartes.

 « Un pouvoir réduit au statut d’armée d’occupation »

C’est en mars 2011 que débute le conflit en syrien. Un an et demi après la situation s’est détériorée ; on est aujourd’hui face à un peuple déchiré par la guerre civile. Le lien entre Bachar Al Assad et les rebelles peut être comparé à un lien entre colonisateur et révolté, surtout dans sa manière de gérer les rebelles.
Les deux camps sont aussi déterminés l’un que l’autre. D’un côté le régime tient en place grâce à l’armée de fidèles dont dispose Bachar Al Assad ainsi que ses alliés, la Russie et la Chine. Bachar Al Assad qui ne souhaite pas entendre et accepter le message du peuple, et  encore moins œuvrer pour un assouplissement ; préfère plutôt « visser l’étau ». Il a assisté à la « descente aux enfers » de Ben Ali, Moubarak, Kadhafi et ne souhaite pas connaitre le même sort...  Ainsi, il profite du blocage du conseil de sécurité de  l’ONU pour pouvoir se maintenir par la force. Du côté des rebelles, l’idée de détruire le régime en place est devenue une obsession.
Devant un tel désastre, la communauté internationale se retrouve embourbée dans ses propres dissensions de coordination, ce qui l’empêche donc d’agir concrètement.

L’échec du processus de paix de Kofi Annan

Le 23 février 2012, Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’Onu et prix Nobel de la paix, est désigné médiateur de l’ONU et de la ligue arabe en charge du dossier syrien. La communauté internationale met tous ses espoirs en lui. Ce dernier a essayé de mettre en place un processus de paix dans le but d’arrêter les violences, de retirer l’armée des villes et de permettre l’acheminement de l’aide militaire.
Mais au bout de deux mois son action a été mise en échec. Bachar Al Assad refuse d’entendre raison et continue à bombarder Homs où les insurgés tentent de se positionner.
Kofi Annan décide de démissionner en août, face aux divergences au sein de la communauté internationale qui ne permettent pas d’engager une véritable action politique à l’encontre de la Syrie. Il est remplacé par Lakhdar Brahimi, le 1er septembre 2012.
Ces divergences sont la clé de l’immobilisme qui permet au régime actuel de se maintenir.

La Syrie : un miroir des problèmes géopolitiques actuels

La situation en Syrie reflète bien les problèmes géopolitiques actuels. D’abord à l’échelle internationale, il reflète la paralysie de l’ONU et de la communauté internationale à trouver une solution pour mettre un  terme à cette guerre civile. On constate en effet, qu’il existe des tensions fortes au sein du conseil de sécurité, notamment une opposition entre un front Occidental composé de la France, du Royaume-Uni et des Etats-Unis et d’un front oriental composé de  la Chine et la Russie.
Ces pays ont des intérêts et  des régimes politiques différents, ce qui crée un véritable « glacis diplomatique » sur la question syrienne.
A l’échelle régionale, la ligue arabe maintient le calme dans la zone et a demandé à plusieurs reprises à Bachar Al Assad de lâcher le pouvoir. Mais la ligue arabe n’a pas de véritable emprise sur la Syrie ce qui ne lui permet pas d’en venir à bout…
Problème : le conflit se propage en dehors des frontières syriennes et suscite ainsi des craintes dans l’ensemble de la zone.

Réformer le conseil de sécurité ?

Le « dysfonctionnement » du conseil de sécurité et son impuissance sur la question syrienne relancent le débat de son éventuelle réforme.
Dans les fait,  tous les pays membres de l’ONU souhaitent aussi entrer dans le conseil de sécurité qui est composé des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. La réforme consisterait donc à un élargissement de ce dernier. Parmi les candidats on trouve entre autre le Brésil et l’Inde, deux pays émergents plus ou moins démocratique (l’Inde qualifié de « la plus grande démocratie du monde »  n’en porte que le nom).
Mais en élargissant le conseil de sécurité, celui-ci risque d’être encore plus fragilisé, car il devra éviter un blocage diplomatique avec les nouveaux arrivants.

Quels sont les moyens pour remédier et mettre fin à ce conflit ?

Si l’action militaire est bloquée par les vétos russe et chinois, la communauté internationale tente néanmoins de chercher un autre moyen pour résoudre ce conflit. Divers organismes soutiennent l’armée Syrienne libre et souhaitent mettre un terme à la répression exercée par le régime de Bachar Al Assad.
L’un des moyens qui a été retenu depuis 2011 est l’embargo économique à l’encontre de la Syrie ayant pour but d’asphyxier l’économie syrienne.
Un autre moyen consiste à faire des dons pour aider la population. En France, le quai d’Orsay a mis en place depuis quelques semaines,  un lien avec les rebelles, pour que ces derniers puissent reconstruire les quartiers détruits. La France est le premier pays à emprunter cette voie.
Enfin, un dernier moyen serait de vendre des armes aux rebelles mais cela pose de nombreux problèmes.

Cheema Gagandip