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Deux artistes sur la bande de Gaza

Arab et Tarzan, de leurs vrais noms Ahmad and Mohammad Abu Nasse.

La rédaction vous propose d’aller à la rencontre de deux artistes vivant sur la bande de Gaza, Arab et Tarzan. Deux cinéastes qui témoignent pour les Petits Papiers, de leurs activités et de leurs conceptions de l’art dans un pays en état de guerre…

Arab et Tarzan GAZA

 

Pouvez-vous vous présenter et nous décrire votre travail artistique ?

Nous nous sommes tout d’abord orientés vers les arts plastiques et nous avons participé à plusieurs expositions en Palestine et à travers le monde. L’art plastique n’était pas notre objectif premier, contrairement au cinéma. En 2009, nous avons participé à un concours de jeunes artistes et avons présenté notre premier projet cinématographique, après avoir créer notre atelier de production : GazaWood.

Nous nous sommes inspirés des noms d’opérations militaires israéliennes en Palestine pour créer des affiches de cinéma avec notre propre regard. Ce qui nous a frappés c’est le choix par Israël de noms tels « averses d’été », « brumes d’automne », « pleurs des hommes » pour qualifier ces opérations. Ces noms s’apparentent à des titres de films. Certains sont fantaisistes, surréalistes ou militaires, ils font partie de notre quotidien, sont proches de nous. Nous avons décidé de les utiliser dans nos affiches pour évoquer les souffrances du peuple palestinien. Nous étions convaincus que notre interprétation serait plus proche de la réalité que celle véhiculée par les médias. Parmi tous ces noms, nous en avons choisi 20 pour faire des affiches de films comiques, surréalistes et d’action. Nous avons réalisé des croquis pour avoir une idée de la faisabilité du projet et de son potentiel artistique.

Nous les avons dessinés dans notre atelier, GazaWood, sur la terrasse de notre maison.

Nous avons ensuite réalisé les affiches et les avons filmées avec une caméra et le matériel nécessaire sous forme de petits clips. A partir de ces affiches, nous avons réalisé un court-métrage « voyage en couleurs » sous un angle politique, sur l’affrontement des fractions palestiniennes et avons obtenus le 1er prix au concours de jeunes artistes. Ce travail a été diffusé dans 12 pays dont les Etats-Unis, dans une salle de cinéma au Texas. Nous travaillons également dans le domaine de la photographie, du montage et de la réalisation. Enfin, nous essayons de nous réunir avec d’autres artistes, des gens qui veulent créer et faire de l’art.

Pourquoi avoir choisi la production cinématographique comme moyen d’expression ?

Notre rêve était de  devenir réalisateurs et nous souhaitions travailler dans le domaine du cinéma depuis notre enfance. Nous faisions l’école buissonnière pour aller voir des films à la télévision ou dans une salle en ruine de Gaza. Nous avions des rêves mais nous ne pouvions les réaliser et nous demandions souvent pourquoi notre destin nous avait mis dans un endroit sans cinéma.  En 1944, 12 salles de cinéma existaient à Gaza, toutes ont été détruites… Peut-être que notre destin est d’être réalisateur et non spectateur.

Nous étions les propres acteurs de nos films, à défaut de ne pouvoir travailler avec des stars comme Clint Eastwood... A 14 ans, nous avions imaginé notre première société de production : « les films des jumeaux présentent ».  Nous étions plein d’espoir et convaincus, qu’après la fin de nos études, nous pourrions assouvir notre passion dans n’importe quel pays du monde. Mais malheureusement, la guerre nous a obligés à rester sur ce territoire. Alors nous avons étudié le droit public, puis nous nous sommes orientés vers l’art plastique. Et enfin, grâce à nos recherches et notre motivation personnelle nous avons créé notre premier projet cinématographique.

Ou avez vous trouvé cette motivation ?

Nous étions convaincus que nous avions un message à faire passer au monde. Le langage artistique est plus fort que les armes ou la destruction. Notre objectif est de montrer notre art au monde, notre message s’appuie sur l’amour et la paix au nom de la Palestine. Nous sommes un peuple qui aime la vie et la paix. Nous ne sommes pas des terroristes. Notre message est que Dieu a créé de belles choses, que les hommes sont beaux et qu’il nous faut nous respecter. Il est dommage de créer des conflits et d’oublier la beauté de nos vies.

Quel est le rôle d’un artiste à Gaza aujourd’hui ? Quelles sont vos conditions de vie et de travail ?

Au niveau artistique, je pense que Gaza a un fort potentiel de création qui lui permettrait de rayonner et d’arriver au sommet de la scène internationale. Si on nous donnait les moyens, nous pourrions créer sans limites, mais il n’y a pas de matériel à Gaza, où à des prix trop onéreux. Avec le temps, notre souffrance s’est transformée en création. Les sanctions, la censure du Hamas et le blocus israélien nous empêchent de nous déplacer, de créer et de rentrer en contact avec d’autres artistes. Nous manquons de tout pour produire un film. Mais nous gardons espoir, celui qui a confiance en soi est capable de créer.

Avez-vous un rêve ?

Chaque être humain rêve et vit de cela. La vie passe vite, elle est courte, nous ne nous préoccupons pas de vouloir construire une famille, avoir de l’argent ou être célèbre mais nous avons toujours peur de mourir sans avoir créé un film qui serait apprécié.

Avez-vous un message pour de jeunes étudiants parisiens ?

Nous voulons insister sur le fait que nous vivons à Gaza, pays de tous les rêves mais des rêves en attente. Notre réalité est différente de la vôtre. Nous avons rêvé d’étudier dans une grande université et de vivre une vie étudiante normale. L’homme passe sa vie à essayer d’atteindre la perfection, chacun le souhaite mais tous ne le peuvent pas. Votre condition de vie est meilleure, profitez-en pour créer quelque chose de beau …

 

Portrait chinois

Si vous étiez …

Une couleur ? Brun, blanc

Une lumière ? Tamisée

Une saveur ? Le girofle

Un animal ? Un âne

Un paysage ? La campagne

Un matériau ? Un film négatif

Un sentiment ? L’amour

Un son ? Le bruit de l’eau

Un roman ? « Au Dieu inconnu » de John Steinbeck

Un film ? « Le miroir » d’Andreï Tarkovski

Une musique ? Tchaïkovsyi

 

 

    Un grand merci à Arab, Tarzan et Mustapha … pour la traduction

 

Propos recueillis par Natasha Vassilieff.

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