Bienvenue sur le site de l'université Paris Descartes

Le tir sportif, porte-étendard de valeurs insoupçonnées.

Le tir sportif est en terme de nombre de licenciés le troisième sport pratiqué dans le monde en individuel, après le tennis et le golf. Souvent perçu par les non-initiés comme violent, masculin et dangereux, il requiert en fait de grandes qualités, et attire un public varié, sans distinction d’âge et de genre. Pour la saison 2015/2016, 161 500 licenciés se sont inscrits à la Fédération française de Tir.

« Nous ne proposons pas d’ouvrages sur le tir sportif, nous préférons orienter le public vers des sports moins violents », dixit une documentaliste, dans une médiathèque municipale. Alors, le tir, sport agressif ? En quoi consiste-t-il exactement ? L’objectif : tirer à l’aide d’une arme sur une cible, le plus précisément possible. Les tirs peuvent se faire à la carabine, au pistolet, à une distance de 10, 25, 50 ou 300 mètres, debout ou couché. Discipline olympique depuis les premiers jeux de l’ère moderne, c’est avant tout un sport de précision et de concentration. On peut rencontrer des variantes, telles que le tir de vitesse, au plateau, aux armes anciennes (datant d’avant 1900), sur cibles mobiles, à l’arbalète …

Une pratique très encadrée

Adopté par beaucoup de femmes et d’enfant à partir de 8 ans, sa pratique est calme et relaxante, mais aussi extrêmement encadrée par des règles de sécurité strictes et obligatoires : une arme doit TOUJOURS être considérée comme chargée, et ne doit JAMAIS être dirigée vers vous ou vers une autre personne. Les enfreindre entraine l’exclusion du club de tir. Dans ce lieu, vous rencontrez des passionnés de tir et des amateurs d’armes, parfois d’armes anciennes. Pour Gilles, qui les a découvertes en 1972, « l’usage de ces armes impose un minimum d’intérêt pour leur histoire, leur utilisation dans les époques auxquelles elles appartiennent ». Comme une révélation, cela lui a permis de « toucher du doigt une réalité totalement différente de ce que montraient les westerns ». Charger son barillet prenait alors entre cinq et dix minutes, nous voilà loin de la vision cinématographique de la chose. « Une dimension un peu fantasmatique peut venir se greffer : tenir un mousquet réglementaire français fabriqué en 1822, c’est comme tenir une petite parcelle de l’histoire entre ses mains, et imaginer... Qui a eu cette arme entre les mains il y a 200 ans ? Qu’a pu voir cette arme ? A quoi a-t-elle servi ? Le tireur abandonne sa technicité pour devenir historien. »

 Un peu d’histoire

Dès 1369, la pratique du tir à l'arc et à l'arbalète est recommandée pour développer la force et l’adresse. Les premiers concours apparaissent. A la fin du XVe siècle sont créés des compagnies d’arquebusiers. C’est au XIXe siècle que se structure réellement le tir sportif français, pour aboutir en 1967 à la création de la Fédération Française de Tir. Les tireurs sont intarissables sur les bienfaits que leur procure ce sport : il améliore la concentration en apprenant à vider son esprit, canalise l’énergie, permet de vaincre le stress, le trac. Il augmente la confiance en soi, la précision, la capacité d’analyse et le contrôle mental. La séquence de tir est un rituel bien rodé. Dans le dernier numéro de la revue scientifique « Nature », l’éditorialiste Jo Marchant reconnait la pratique du rituel comme élément actif pour le bien-être tant physique que psychique.  Maîtrise de soi et bonne condition physique sont nécessaires pour progresser. On en ressort détendu et relaxé, vidé parfois. Mais sainement vidé, de ses tracas et soucis. Jouissant d’un équilibre et d’une harmonie à chaque fois plus présents entre le corps et l’esprit. De Pierre de Coubertin, 7 fois champion de France au pistolet à Céline Goberville, médaillée d’argent aux JO de Londres en 2012, le tir semble avoir porté nos valeurs traditionnelles sportives mais aussi culturelles, valeurs déclarées et mises en pratique sur les lieux d’entraînement et de compétition : fraternité, égalité (pratiqué par des personnes de toutes classes sociales), engagement, respect de soi et de l’autre, et fair-play, défini comme le comportement d’une personne qui admet de bon gré la victoire comme la défaite. Tous les sports peuvent-ils en dire autant ? Pour conclure laissons la parole à Frédéric Lamolle, un de nos champions nationaux, qui se plait à dire : « le tir, c’est l’expression dans l’immobilité ».

 

Stéphanie Pascart