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Le coin des auteurs

Les mots changent mais les idées restent !

« Autrefois on dînait à midi, maintenant on dîne à des heures impossibles.

Le dîner de nos pères était notre déjeuner, et notre déjeuner était leur dîner.

Dîner si tard ça ne s'appelle pas dîner, mais souper. »

L'ami Gustave Flaubert ne croyait pas si bien dire dans « son dictionnaire des idées reçues » en 1912.

Cette petite citation est l'introduction parfaite pour vous parler d'une récente étude*, parue en 2005, tournant autour de l'instabilité lexicale. De prime abord, ça semble incroyablement barbare (et même barbant me direz-vous ?), mais loin s'en faut. Cette étude, pour le moins originale, s'est attachée à quantifier « la demi-vie des mots ». Oui, récemment, on a eu tendance à entendre ce terme de « demi-vie » un peu trop souvent, mais soyez indulgents, accordez lui une seconde chance... ici, il ne sera absolument pas question de l'associer ni au nucléaire, ni à la radioactivité !

Revenons donc à cette étude et à son principal résultat : les chercheurs ont défini la demi-vie des mots comme étant le laps de temps au bout duquel un mot a 50% de chance d'être remplacé par un nouveau. Rien de bien extraordinaire jusque-là mais la suite est très intéressante : ils ont réussi à quantifier cette demi-vie et les mots auraient, en moyenne, une demi-vie de 2000 ans !

Avec le petit graphique issu de l'étude, vous verrez que certains mots sont moins chanceux que d'autres, soumis à la forte concurrence au bout de 660 petites années alors que les plus robustes ont été estimés à près de 20 000 ans de longévité sans être inquiétés par les petits « bizuths du langage ».

Coins_des_auteurs

L'évolution lexicale place tout de même l'homme au centre d'un paradoxe on ne peut plus perturbant : l'homme a besoin de communiquer, c'est un caractère inné. Cependant, le langage, support de cette indispensable communication, ne cesse d'évoluer à grande vitesse et ce, sans véritable logique sous jacente : en effet, dans la majorité des cas, les nouveaux mots qui apparaissent, n'apportent aucun bénéfice à la compréhension !

Le plus incroyable dans l'évolution récente du langage reste la manière dont se constitue tout particulièrement l'argot, ce langage populaire très souvent impulsé par nous-mêmes, jeunes étudiants voire par les plus jeunes encore !

Prenons quelques exemples pour rendre ces propos un peu plus concrets : depuis quelques années maintenant, un mot apparemment nouveau est apparu dans les bouches ingénues de pimpants adolescents, il s'agit de « daron » pour désigner le père. Il est d'ailleurs décliné sous toutes ses formes, donnant l'occasion à « maman » et « parents » d'être ponctuellement remplacés par « daronne » et « darons » respectivement !

Ce que l'on ne sait pas, c'est que ce mot existe depuis des siècles, désignant dans les années 1250 une petite forteresse, avant d'évoluer au cours du XVIIIème vers un sens plus proche de celui actuel à savoir le « maitre de maison, le père ». Ce terme a fini par disparaître de la circulation au cours des XIXème et XXème siècles, devenu tout simplement désuet. Demandez à vos arrières-grands parents, il y a fort à parier qu'ils vous rient au nez quand vous emploierez ce terme... imaginez un peu la scène, votre arrière grand-père vous considérant comme dépassé et démodé... assez cocasse n'est-ce pas ?!

Il serait un peu trop facile de baser son argumentation sur un unique exemple alors continuons donc ensemble sur la route des secrets de la langue ! De la même manière que « daron » est apparu récemment, le terme « thune » l'a suivi de près. En effet, ce terme désigne ce qu'on appelle communément l'argent. Eh bien sachez que l'origine du mot remonte à 1628, où il signifiait aumône.

Ce n'est qu'au début du XIXème siècle qu'il prit le sens populaire de la pièce de cinq francs. Après une période d'absence prolongée, il est revenu à la mode, dans les années 2000, période durant laquelle le franc a justement été remplacé par l'euro... On vous avait prévenu, il n'y a absolument rien de logique là-dedans ! Malgré la légèreté de ces quelques propos, on ne doit pas négliger l'importance du langage et des mots dans notre quotidien : c'est le dénominateur commun qui nous lie tous, étudiants de cette belle Université.

Et puis en y réfléchissant, sans ces petites entités que sont les mots, les Petits Papiers de Descartes n'existeraient tout simplement pas... et ça c'est vraiment dur à concevoir !

 

Aghiles Hamroun