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L'Académie et le Collège de Chirurgie

Historique de la construction

L'école de santé

Agrandissements de Ginain

 

     

plan RDC

L'architecte Jacques Gondoin (1737-1818)

 "Je soumets au public toujours équitable les motifs qui m'ont déterminé dans la construction des Écoles de chirurgie. Un monument de la bienfaisance de nos Rois, me suis-je dit, doit porter un caractère de magnificence relatif à sa destination, une École dont la célébrité attire un grand concours d'élèves de toutes nations, doit paraître ouverte et d'un accès facile. L'absolue nécessité des colonnes pour remplir ces deux objets suffirait seule à me justifier du reproche de les avoir trop multipliées"
Voici comment Jacques Gondoin s'exprime dans son très bel ouvrage : "Description des Écoles de Chirurgie".

Jacques GONDOIN

 Jacques GONDOIN

Ancienne Faculté

 Ancienne Faculté

   
Jacques Gondoin (1737-1818), fils d'un jardinier du château de Choisy que Louis XV appelait affectueusement le "bon Gondoin", était encore enfant lorsque le Roi remarqua ses dispositions à l'étude. Grâce à la bienveillance royale, Jacques Gondoin est pensionnaire de l'École Française de Rome et effectue plusieurs séjours en Italie pour y étudier l'architecture entre 1759 et 1763. Quelques années après son retour, il entreprenait la construction du Collège de chirurgie sur la proposition de Pichault de la Martinière, premier chirurgien du roi …

L'aménagement du Collège

L'emplacement choisi fut celui de l'hôtel de Bourgogne. Commencé en 1769, sa réalisation était pour ainsi dire achevée le 14 décembre 1774 lorsque le jeune roi Louis XVI vint poser la "première pierre" dans l'amphithéâtre. Le roi accompagné de ses grands officiers, des maréchaux de Biron, de Brissac, du ministre de sa maison, du prévôt des marchands, du lieutenant général de la police, vient sceller dans le sol une boîte remise par le comte d'Angivilliers, directeur ordonnateur général des bâtiments, contenant des médailles d'or et d'argent représentant le collège, ainsi que les actes de la construction.
 L'ordonnance des monuments de Pompéi et Stabies, les édifices de l'Université de Turin et le Collège helvétique de Milan ont profondément inspiré Jacques Gondoin.
C'est pourquoi il a disposé "une colonnade à travers laquelle la vue peut se porter jusqu'au lieu principal, l'amphithéâtre". L'architecte poursuit : "J'ai voulu produire un effet dont l'aspect, non-seulement arrêtât, mais appelât les spectateurs ; c'est ainsi que cédant à la nécessité de former ma cour dans un espace resserré par les rues des Cordeliers et du paon, j'ai tâché de la vaincre en donnant à cette cour une étendue plus vaste en apparence et en réunissant, pour ainsi dire, au péristyle".

L'aménagement intérieur

La bienfaisance du monarque

   
 La bienfaisance du monarque hâte leur progrès et récompense leur zèle

 L'aménagement intérieur a été prévu dans un esprit d'enseignement tout à fait moderne. C'est pour ainsi dire un centre "hospitalo-universitaire". Les étudiants y recevaient un enseignement, le plus complet possible, théorique et pratique, puisqu'ils pouvaient s'entraîner à opérer sur les cadavres et observer les traitements directement sur les malades.
En effet, l'enseignement théorique se faisait dans un premier amphithéâtre, d'une conception nouvelle, très différente de celui de Padoue ou celui de la rue de la Bûcherie, (tous deux circulaires) qui contenait 1400 élèves, et qui était ouvert tous les jours, matin et soir. Tout un chacun y était admis. Les dissections y avaient lieu en hiver à ciel ouvert.
 Un second amphithéâtre, dit "des sages-femmes" construit pour 150 personnes où deux professeurs se relaient pour dispenser leur enseignement.
Le "laboratoire de chimie" est le lieu où "les élèves reçoivent des leçons de cette science ; ils y apprennent la propriété et les préparations des médicaments".
Cet enseignement correspond aux vœux exprimés par Petit-Radel et de la Roche dans l'encyclopédie de Diderot : "Les études de chirurgien doivent embrasser toutes les partis de la médecine, il ne doit point être étranger non plus à l'histoire naturelle, à la physique ni a aucune autre branche de la philosophie. Les progrès qu'on a faits dans l'étude de l'anatomie ont rendu la plupart des opérations si simples et si faciles qu'on a pu craindre que bien des chirurgiens n'abusassent de cette facilité et ne portassent à l'excès la manie d'opérer. Celui qui veut acquérir des connaissances les plus utiles pour la pratique doit les chercher dans les hôpitaux, sous d'habiles maîtres qui lui enseigneront à unir de la manière la plus avantageuse la pratique à la théorie".
Pour l'enseignement "au lit du malade", Louis XVI avait fondé un hôpital : "on y traite les maladies chirurgicales d'une nature extraordinaire, les maîtres y multiplient leurs observations et les élèves s'y instruisent de la pratique" : les malades étaient répartis suivant leur sexe dans deux salles.
Au rez-de-chaussée se trouvait aussi la salle des actes pour les soutenances de thèses et actes publics. Puis l'on pénétrait dans une pièce plus petite située près de l'amphithéâtre, c'est là que s'effectuait le dépôt des cadavres. Gondoin avait aussi réalisé une salle assez vaste que l'on nommait "l'école pratique" ; là "les élèves qui ont remporté les prix s'exercent à disséquer et à répéter les opérations sur les cadavres : c'est la pépinière d'où l'on tire les chirurgiens pour le service des armées. M. de la Martinière, au zèle duquel on est redevable de cet établissement, pour en augmenter l'utilité vient d'ajouter à ses frais deux nouvelles chaires au deux qui existaient auparavant".
A ces lieux consacrés à l'art de guérir s'enjoignaient la chapelle et la sacristie, situées à l'emplacement de ce qui est aujourd'hui l'accueil du 12, rue de l'Ecole de Médecine.
Au premier étage l'on trouve encore la bibliothèque, la salle de réunion de l'académie, le bureau de l'administration. Il a aussi été prévu différents logements, l'un pour le bibliothécaire mais aussi le chapelain, l'appariteur ou encore le "prévôt de l'école pratique" et des "gardes malades".

La décoration   

d'après le livre par Mr. GONDOIN 1

Ils tiennent des Dieux les principes qu'ils nous ont transmis

d'après le livre par Mr. GONDOIN 2

Ils étanchent le sang consacré à la défense de la Patrie

  d'après le livre "Description de l'Ecole de chirurgie" par Mr. GONDOIN, architecte du Roi, dessinateur des Meubles de la couronne

La décoration de ce bâtiment procède aussi de l'admiration que portait Jacques Gondoin à l'Antiquité ainsi qu'aux principes développés par Blondel dans ses courts : "L'esprit de convenance, étayé du goût de l'art, fait faire à l'architecte le choix du caractère de l'un de ces ordres pour désigner l'espèce, l'importance et l'usage de l'édifice qu'il veut décorer".
Au-dessus de la porte d'entrée, le roi Louis XV, suivi de Minerve, de la Force et de l'abondance, ordonnait la construction de l'édifice. Le génie de l'architecture présentait les plans. Ces bas-reliefs, dus au sculpteur Berryer qui fit aussi tous les autres, a subi des transformations à la Révolution : plus de roi ; Louis XV est transformé en allégorie de la Bienfaisance !
Sur le frontispice du grand amphithéâtre, théorie et pratique se donnent la main. Les spéculations de la théorie sont représentées par de petits génies qui feuillettent des livres alors que d'autres sont occupés aux dissections et démonstrations anatomiques, montrant ainsi la supériorité de la chirurgie sur la médecine.
L'ordre ionique est adopté sur la frise où sont les portraits de Jean Pitard, Ambroise paré, George Mareschal, François de Lapeyronnie et de Jean-Louis Petit, entourés d'une frise de feuilles de chêne, ornement souvent employé dans les temples grecs.
La décoration intérieure est l'œuvre de Gibelin, qui a exécuté de nombreuses fresques en grisaille. Ainsi que deux peintures qui décorent, de nos jours, le foyer des professeurs, dont les thèmes sont l'accouchement et la saignée. Dans l'amphithéâtre, seules subsistent les trois inscriptions gravées sous les fresques : "Ils étanchent le sang consacré à la défense de la Patrie", puis "La bienfaisance du souverain hâte leurs progrès et récompense leur zèle" enfin "ils tiennent des dieux les principes qu'ils nous ont transmis".
Ces dédicaces montrent bien que l'enseignement était réservé, avant tout, aux chirurgiens militaires : L'amphithéâtre était resté à ciel ouvert pendant de nombreux mois au moment de l'installation de l'Ecole de Santé ; les fresques étaient très abîmées, mais il fallut attendre 1864 pour les recouvrir par trois toiles de Matout, représentant la première leçon de Lanfranc, la deuxième Ambroise Paré faisant une ligature et la troisième le chirurgien Desault faisant cours au lit du malade. L'incendie de 1889 a totalement détruit les toiles qui sont remplacées par une composition d'Urbain Bourgeois : "L'Apothéose d'Hippocrate" comportant cinquante-six figures du monde médical depuis Hippocrate jusqu'à Claude Bernard. Cette composition s'inspire de l'œuvre d'Ingres, 'l'Apothéose d'Homère".
La construction du Collège de chirurgie a été saluée par tous ; ainsi J. F. Blondel qui donne ses impressions avant même la fin de la construction en 1771 : "Nous avons admiré, il y a huit jours, un édifice nouveau, dont vous m'avez dit avoir vu les projets. Je parle du bâtiment de l'Ecole Royale de Chirurgie, rue des Cordeliers… L'aspect de cet édifice m'a étonné. Il a une majesté imposante. Son ordonnance m'a paru neuve, et d'un genre d'architecture supérieur à tout ce que j'ai vu nouvellement érigé à Paris… Cet édifice, tout de belles pierres, a la précision du plus beau marbre. Un grand ordre de colonnes corinthiennes occupe l'avant-corps du fond de la cour. Derrière ces colonnes, on en aperçoit d'autres, d'ordre ionique, et de la hauteur d'environ les deux tiers du grand ordre. Ces nouvelles colonnes règnent tout au pourtour de la cour, et forment un péristyle sur la rue, qui produit le plus grand effet. La porte sera belle, grande, noble et simple". Blondel ajoute encore : "M. Gondoin, nourri de préceptes de son Art, a su se délivrer des entraves communes, en homme de génie, il a franchi les bornes, et créé un genre qui, dans le goût antique, offre néanmoins les découvertes intéressantes des Modernes".
Au moment où la construction touche à sa fin, c'est au tour de l'Académie des beaux-arts, où Gondoin a été élu le 6 janvier 1774, de proclamer : "Ce monument fait époque dans l'architecture et assignerait avec distinction l'état où elle était à la fin du XVIIIème siècle".
La construction de Gondoin est un hommage de l'architecture du XVIIIème siècle à ses prédécesseurs de la Grèce classique. Le goût pour l'Antiquité grecque est une constante dans la construction des bâtiments "officiels" de cette époque. La conception et la décoration sont à la gloire du roi mais aussi des valeureux chirurgiens qui sont les garants des armées de la Patrie. Seuls les temples dédiés aux dieux, comme l'Asclepios de Cos, sont assez empreints de majesté pour servir de modèle et les magnifier.

 

La Révolution

révolution

 La Révolution va renverser cette belle institution une première fois par le décret du 2 mars 1791 qui abolit les maîtrises et les jurandes ; les chirurgiens étant réunis en corporation, ils n'ont plus d'existence légale ; et le coup de grâce va être donné par la loi de l'Assemblée législative du 18 août 1792 qui supprime, à l'instar des sociétés savantes, la Faculté de Médecine et l'Académie de chirurgie. Il n'y a plus en France de formation ni de médecins ni de chirurgiens, seul le désordre règne…
La Convention va s'émouvoir de cette situation grâce à l'intervention du chimiste Anicet Fourcroy. Il était temps de voir les abus que cela entraînait, tout un chacun pouvant s'établir médecin sans contrôle et sans diplôme !
Le docteur Michel-Augustin Thouret s'insurge contre cet état de fait : "tribuns, après une affreuse anarchie, pendant le long silence des lois, le désordre a gagné de toutes parts, et s'est établi dans le domaine de l'art de guérir. Des hordes d'empiriques assiègent les places dans les cités, se répandent dans les bourgs, dans les campagnes, et portent partout la désolation et l'effroi. Vous ferez cesser cette calamité publique ; vous mettrez un terme au brigandage qui règne. A sa place, vous établirez la puissance salutaire de cet art, qui, soit par son ancienneté, soit par l'importance et la dignité de son objet, soit par son utilité, ne le cède à aucun autre ; qui, né, comme l'agriculture, des premiers besoins de l'homme, offre, comme elle, une des premières sciences dont ils aient ébauché les éléments ; qui, dévoué tout entier à l'étude de la nature dans son plus parfait ouvrage, recherche les parités si cachées de son organisation et les ressorts secrets qui le font agir et penser…"