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La Ribavirine, un traitement efficace et sûr contre l’hépatite E

26/03/2014

L’hépatite E est responsable d’une inflammation aiguë ou chronique du foie. Il s’agit d’une maladie émergente parfois mortelle et sans traitement connu. Vincent Mallet, Stanislas Pol et leur équipe de l’Institut Cochin (Université Paris Descartes, Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, CNRS, Inserm) et des équipes hospitalières françaises* prouvent l’efficacité d’un traitement chez des patients souffrant d’une infection chronique par le virus de l’hépatite E. La Ribavirine, utilisée en monothérapie pendant 3 mois permet de guérir la majorité des patients. Ces travaux ont fait l’objet d’une publication le 20 mars 2014 dans la revue The New England Journal of Medicine .

Le virus de l’hépatite E est la première cause d’hépatite virale dans le monde et on estime que le tiers de la population mondiale est à risque d’infection par ce virus. Si la majorité des cas survient dans les pays en voie de développement, on assiste à une augmentation du nombre de cas rapportés en France et dans les autres pays industrialisés où le virus se transmet à l’homme par la consommation d’aliments contaminés insuffisamment cuits et par le sang. Jusqu'à présent, aucune thérapie n'est établie pour traiter les patients atteints d'hépatite E.

Le virus de l’hépatite E, comme les autres virus des hépatites, provoque une inflammation du foie. Dans sa forme aiguë, l’infection peut être mortelle chez les personnes âgées, les femmes enceintes et chez les personnes malades du foie. Chez les personnes immunodéprimées (patients greffés, patients sous chimiothérapie ou personnes vivant avec le VIH), l’infection par le virus de l’hépatite E peut évoluer vers une hépatite chronique et entraîner une cirrhose.

Vers un traitement contre l’hépatite E

La Ribavirine est un médicament prescrit pour traiter certaines infections virales respiratoires chez l’enfant et certaines fièvres hémorragiques. Cette molécule est également utilisée dans le traitement de l’hépatite C. Vincent Mallet, professeur à l’Université Paris Descartes et praticien hospitalier au sein centre hospitalier universitaire Cochin (AP-HP) et Nassim Kamar professeur à l’Université Paul Sabatier et praticien hospitalier au sein du centre hospitalier universitaire Rangueil avaient précédemment prouvé son efficacité chez des patients immunodéprimés souffrant d’une infection chronique par le virus de l’hépatite E (Mallet V, Nicand E, Sultanik P, Chakvetadze C, Tesse S, Thervet E, Mouthon L, Sogni P, Pol S. Brief communication: case reports of ribavirin treatment for chronic hepatitis E. Ann Intern Med. 2010 Jul 20;153(2):85-9 et Kamar N, Rostaing L, Abravanel F, Garrouste C, Lhomme S, Esposito L, Basse G, Cointault O, Ribes D, Nogier MB, Alric L, Peron JM, Izopet J. Ribavirin Therapy Inhibits Viral Replication on Patients With Chronic Hepatitis E Virus Infection. Gastroenterology. 2010 Nov;139(5):1612-8).

 

Dans cette nouvelle étude, les données de 59 patients greffés atteints d’hépatite E et traités par Ribavirine ont été recueillies dans 13 centres de transplantation français par Nassim Kamar (du CHU Rangueil de Toulouse) et Vincent Mallet. Les chercheurs confirment que "la Ribavirine prescrite en monothérapie pendant 3 mois est un traitement efficace de l’infection chronique par le virus de l’hépatite E". Pour la majorité des patients (46 patients sur 59), le virus restait indétectable 6 mois après l’arrêt du traitement. Une durée plus longue de traitement semble préférable chez les patients fortement immunodéprimés ou ceux chez lesquels le virus est détectable dans le sang après un mois de traitement. Le seul effet secondaire identifié et prévisible de la Ribavirine était l’anémie qui a été gérée sans difficulté chez la plupart des patients.

« Ce travail est le fruit d’une véritable collaboration entre de nombreux centres français. Il s’agit d’une grande avancée dans le domaine déclare Vincent Mallet. Nous espérons que nos résultats ouvriront une porte vers d’autres études prospectives dessinées pour évaluer l’efficacité de la Ribavirine dans le cas  de formes graves d’infection par le virus de l’hépatite E, notamment dans les pays du Sud, où il est un véritable fléau  ».